hummer«L’économie ivoirienne a étonnamment résisté à la crise».

C’est Le Monde qui le dit dans l’édition datée d’aujourd’hui. «La Côte d’Ivoire ne se porte pas trop mal malgré cinq années de guerre civile plus ou moins larvée et la privation de toute aide extérieure, à l’exception de l’Union européenne», constate le quotidien. Les milieux politiques et les cercles d’affaires qui avaient parié sur la belligérance et la sécession de fait pour faire tomber le régime en asphyxiant le pays, capitulent (momentanément ?) et choisissent de parier sur le retour de la croissance en faisant à nouveau des affaires et en débloquant les «robinets» de la coopération financière.

En expliquant la «surprenante résistance» de la Côte d’Ivoire face à la crise, Le Monde met en lumière certains chiffres. Certains sont connus, tels la croissance du PIB qui a été de 1,8% en 2005 et de 1,2% en 2006. D’autres étaient prévisibles, comme le taux de pauvreté qui est passé de 38% en 2002 à 43,2% en 2006.

Mais il y en a un qui donne à réfléchir. Le volume des ventes de véhicules neufs a connu une croissance de… 23%. Ce petit chiffre nous permet de comprendre que la guerre, si elle a accru la pauvreté du plus grand nombre, a profité à la minorité de ceux qui peuvent se permettre d’acheter une voiture neuve. Qui constitue cette minorité ? Les patrons des multinationales bien implantées, dont les chiffres d’affaires n’ont pas baissé ; les hauts cadres des organisations internationales surfant sur le charity and peace business ; les hommes en treillis des deux côtés de la ligne de front ; les membres d’un gouvernement irresponsable devant le peuple, qui savent qu’ils pourront attribuer le malheur du pays à l’autre camp ; les rois du trafic et de l’économie dérégulée.

La guerre, calamité pour le peuple, est malheureusement un bon filon économique pour une oligarchie encagoulée. Comme la nuit, elle cache les scandales qui auraient été trop visibles en temps de paix. Elle dissout les droits et les devoirs, et laisse prospérer toutes les impostures.

Il faut en finir. Même si elle ne ressemble pas à nos espérances, une paix bancale vaut mieux que des épisodes supplémentaires d’un théâtre d’ombres qui finit par assécher les idéaux et les valeurs pour lesquelles on croyait qu’il était impérieux de se battre. Grande lessiveuse, la guerre ne laisse personne moralement indemne. «Ça ressemble à la sagesse/A ces paix qu’on signe un jour/Juste un prix de nos jeunesses/Sans trompettes ni tambours», chantait l’artiste.