"La guerre est finie", dit régulièrement le président ivoirien Laurent Gbagbo. Cette sentence signifie que les réflexes belliqueux qui ont été la règle pendant plusieurs années doivent s'effacer au profit d'une ambiance plus décontractée. Mais elle nous rappelle aussi qu'il faut mener sans plus tarder un autre combat : celui de la normalité républicaine. Il faut à tout prix que certains d'entre nous, porteurs avant la crise des idées de modernité et de refondation, redeviennent des "évangélistes" de la transparence et de la participation citoyenne.

Si la guerre est finie, la question des revenus pétroliers de la Côte d'Ivoire cesse d'être un sujet "secret défense". Dès lors, on doit se poser une question : l'Etat ivoirien doit-il tenir ses citoyens loin de toute information concernant le sous-sol de leur pays, comme tous ces pays africains pour lesquels les hydrocarbures sont devenus une malédiction ; ou doit-il imiter la Norvège, où le pétrole est une vraie bénédiction profitant au plus grand nombre ?

Le ministre des Mines et de l'Energie et les patrons des grosses firmes pétrolières publiques doivent parler. Expliquer comment le secteur s'organise depuis le "boom" pétrolier. Dévoiler combien le pétrole et le gaz rapporte, ce qui entre dans le budget de l'Etat, ce qui va au financement des investissements, etc...

Il faut éviter, dès maintenant, le syndrome du Nigeria. Dans le plus grand pays d'Afrique de l'Ouest, les masses sont tellement persuadées que le pétrole est exploité par une minorité oublieuse des droits du peuple qu'elles ont entrepris des opérations de sabotage violentes, qu'on ne saurait considérer comme illégitimes. Au Nigeria, l'argent du pétrole a renforcé l'arrogance d'une oligarchie accaparant le pouvoir par tous les moyens, et a encouragé tous les désordres.

Il faut éviter le syndrome du Congo-Brazzaville, où la lutte entre deux oligarchies pour le contrôle du pétrole, arbitrée par une Françafrique rapace, a engendré une guerre fratricide qui s'est soldée par des milliers de morts.

"Publiez ce que vous payez", une coalition d'associations locales militant pour la bonne gouvernance, a lancé une campagne pour "demander des comptes sur l'utilisation des revenus pétroliers". Le gouvernement a l'obligation morale de répondre à ces interrogations légitimes. Mais il doit aller plus loin, y compris en s'adressant aux députés, devant les caméras de la télévision nationale.

La guerre est finie. Il faut très vite bannir les réflexes de l'économie de guerre dont la Côte d'Ivoire républicaine a usé pour survivre alors qu'une coalition déterminée voulait arracher à la nation sa souveraineté.