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Le blog de Théophile Kouamouo

Vous rêvez comme moi d'une Afrique digne, d'une Afrique des Africains plus solide face à la violence des impérialismes ? Vous militez pour un continent démocratique et indépendant ? Moi aussi. Marchons d'un même pas.

02 avril 2007

«Supermenteur» pris la main dans le sac

Le 12 février 2007, nous tirions déjà la sonnette d’alarme en nous interrogeant lourdement. «La perspective de la retraite politique rend-elle le président français fou ?». C’est vrai que nous sommes impolis par principe quand il s’agit du sortant de l’Elysée, mais cette question relevait plus de l’incrédulité sincère que de la provocation rituelle. Comment ne pas être complètement interloqué quand, la main sur le cœur, le futur ex-président français confesse, dans un livre d’entretiens avec Pierre Péan (L’Inconnu de l’Elysée), avoir été, en secret et pendant plusieurs décennies, porteur de valises pour le compte de l’ANC ? «J’ai été militant de l’ANC de Mandela depuis la fin des années 60, le début des années 70. J’ai été approché par Hassan II, le roi du Maroc, pour aider au financement de l’ANC», a-t-il raconté avec aplomb au journaliste confesseur.

supermenteurMentir avec un panache fou : tel est le sommet de l’art chiraquien, tel est le legs qu’il laissera aux futurs générations de politiciens. En effet, tous ceux qui ont un peu de culture ont su, dès qu’ils ont lu la fable du locataire de l’Elysée, qu’elle était très peu crédible. Au début des années 1990, Jacques Chirac citait, dans une interview à Jeune Afrique Economie, parmi ses amis africains et au milieu de dictateurs françafricains, Mangosothu Buthelezi, leader de l’Inkhata Zulu. Dans la même interview, il traitait l’ANC de parti tribal xhosa avec une virulence qui avait laissé ses interviewers perplexes. Hassan II, l’ancien roi du Maroc (décédé et qui ne peut donc plus témoigner), a été plusieurs fois accusé par des dignitaires de l’ANC de soutenir l’apartheid. Entre 1986 et 1988, le gouvernement dirigé par Jacques Chirac a livré des armes aux dirigeants sud-africains de la période de l’apartheid. On se souvient également que Jacques Chirac était Premier ministre lors de l’assassinat à Paris de Dulcie September, perpétré conjointement par les services secrets français et sud-africain de cette époque maudite !

Les racontars de Jacques Chirac étaient si peu crédibles que son interviewer, pourtant tout de complaisance, l’avait pressé de donner des preuves de ce qu’il avançait. «Qui pourrait confirmer votre engagement ?». «Mandela», avait répondu Jacques Chirac. «Il était en prison ? Qui d’autre ?», avait insisté le journaliste. «Probablement Desmond Tutu», avait osé le président.

Manque de pot ! Aux dernières nouvelles, l’hebdomadaire français Le Point a demandé à l’archevêque sud-africain de confirmer le «scoop» du Corrézien. «Je ne sais rien de cette histoire et je n’en ai jamais entendu parler», a protesté Tutu, catégorique. La preuve est faite : Jacques Chirac a menti. desmond_tutu_2

Malheureusement, cette mise au point tient dans une brève qui n’a été reprise par aucune agence de presse et qui n’a donné lieu à aucune polémique. Cette histoire nous édifie sur le caractère profondément amoral de Jacques Chirac, mais aussi sur la tolérance des médias et de l’opinion publique de France dès que les mensonges de leurs dirigeants concernent l’Afrique. Elle montre également que les ennemis de l’Afrique ont toujours recours au révisionnisme le plus outrancier. Ils font disparaître leurs forfaits dans toutes les mémoires pour se poser en sauveurs du continent et dénigrer les Africains à leurs propres yeux, en les érigeant en uniques responsables de leurs malheurs. Supermenteur est pris la main dans le sac. Mais pas grand monde ne le sait. Nous devons la crier, cette vérité dérangeante !

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01 avril 2007

Ainsi donc, c’est Soro !

C'est officiel depuis la fin de la semaine dernière : Guillaume Soro, jusqu'ici chef visible de la rébellion, est devenu le septième Premier ministre de Côte d'Ivoire. La signature, par le président Laurent Gbagbo, de son décret de nomination, est venue mettre fin à toutes les conjectures, intrigues et manoeuvres alimentées par les forces qui croyaient pouvoir rendre réversible le mouvement engagé par le "dialogue direct" et les accords de Ouagadougou.

La nomination de Guillaume Soro, finalement saluée par les différents acteurs de la "communauté internationale" (y compris une France officielle qui se la jouait un peu grincheuse), vient consacrer, sans conteste, la victoire politique et diplomatique du président Laurent Gbagbo, qui est le "père" de cette nouvelle formule de gouvernance, et a réussi à reprendre l'initiative - laquelle lui avait été arrachée à Linas-Marcoussis par des dirigeants français "omniscients et naïfs".

Ceci dit, peut-on affirmer mordicus que cette arrivée de Soro à "la Cage" marque la fin des problèmes pour une Côte d'Ivoire désormais engagée sur la voie royale de la paix sans accrocs ? Non, pas vraiment. On est toujours dans un poker menteur. Elle est certes moins imprévisible puisque le président ivoirien est reconnu comme le maître du jeu, mais c'est bien d'une partie de poker menteur qu'il s'agit.

Pour mieux entrevoir ce qui nous attend dans les prochains mois, la meilleure méthode reste de sonder la personnalité et les intentions de Guillaume Soro. Qui est ce jeune homme né en 1972, aujourd'hui orphelin de père et de mère, papa de quatre enfants, syndicaliste étudiant transformé en maquisard, puis en ministre d'Etat absentéiste, et finalement en chef de gouvernement sans expérience professionnelle ? Qu'est-ce qui le fait courir ?

Au regard de son parcours, on peut dire qu'un des traits dominants du nouveau Premier ministre est qu'il est ambitieux. Son itinéraire montre qu'il a très vite voulu capitaliser au maximum ses heures de gloire à la FESCI. Son ralliement à Alassane Ouattara, qui a marqué dès 1999 son passage de la gauche à la droite, est à cet égard assez significatif. Choisir Ouattara contre Gbagbo en ces temps-là, c'était prendre une option plus confortable, plus sûre, mieux financée. La détermination de celui qui n'était au début que le "porte-parole" du MPCI à prendre la tête de la rébellion - contre IB et certains chefs de guerre -, puis la tête du G7 - devant les "doyens" Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, dont il était la marionnette servile -, nous informent sur la nature profonde d'un jeune loup aux dents si longues qu'elles rayent littéralement le plancher.

Guillaume Soro est amoral, sans scrupules, sans fidélité, outrageusement manipulateur. S'il avait des scrupuls, il n'aurait pas renié toute l'histoire politique dont il est issu pour devenir le bras armé de la Françafrique la plus criminelle. Il n'aurait pas joué de duplicité pour conduire son ex-boss, IB, derrière les barreaux en France. Il n'aurait pas organisé une épuration digne de la Saint-Barthélémy pour assassiner, souvent sauvagement, les "IBistes" vivant dans la zone sous son contrôle. ll n'aurait pas supervisé le pillage systématique des agences de la BCEAO, durant lequel des importuns voulant se saisir du "magot" ont été tout simplement supprimés. Il n'aurait pas - quoiqu'on pense des nigauds qui le composent - "dribblé" le RHDP et Banny, lors des pourparlers de Ouaga. L'on se souvient de la manière dont les rebelles ont endormi Ouattara et Djédjé Mady, venus dans la capitale burkinabé pour s'assurer que ni eux ni la 1721 ne seraient mis de côté. L'on retiendra longtemps la ritournelle chantée par Sidiki Konaté à Charles Konan Banny, le 8 mars dernier à Korhogo...

Soro avance, uniquement mû par une ambition dont lui-même ne découvre l'ampleur que sur le chemin. Il ne raisonne qu'en termes d'opportunités et de "coups" à jouer. Il ne croit qu'aux rapports de force, qu'il est capable d'analyser froidement. Vu sous cet angle, il a plus de sens politique qu'un Charles Konan Banny complètement fantasque,embrumé dans des considérations affectives comme son "sang bleu" ou les paroles murmurées des petits marquis de l'Elysée. Il peut comprendre, au cas où la tectonique interne et géopolitique qui fait trembler la terre ivoirienne confirme la "fissuration" du bloc anti-Gbagbo, qu'une ère doit se fermer et qu'une autre doit s'ouvrir. Il peut avoir la lucidité de savoir que le "complexe de la rébellion" qu'il reproche à ses alliés du RHDP n'est que l'intériorisation des tabous structurant une société ivoirienne fondamentalement pacifique. Il peut comprendre que pour avoir quelques chances de se faire pardonner, il doit arrêter le massacre et "arranger" ce qu'il a contribué à "gâter".

Mais Guillaume Soro est un rebelle, avec tout ce que cela comporte de réflexes, y compris irrationnels et suicidaires. Dans une interview d'avant sa nomination, il évoquait, pour préparer l'opinion pro-rebelle à accepter la nouvelle option, l'exemple du Congo-Brazzaville de Pascal Lissouba. Dans "la gueule du loup", Sassou et ses milices avaient mis le feu à la capitale et renversé le président élu. Cette étrange référence - à laquelle Jean-Pierre Bemba avait sans doute pensé il y a quelques jours, en engageant un bras de fer avec Joseph Kabila - est le signe que pour "le petit président de Bouaké", prendre la Primature peut représenter une "extension du domaine de la lutte". La paix n'a jamais été aussi proche, mais l'angélisme consistant à voir dans la démarche de Soro celle du fils prodigue revenant dans sa famille, repentant et confus, ne doit pas être de saison. Les rebelles ne sont pas des gens raisonnables.

soro

Posté par kouamouo à 23:27 - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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