Jeudi dernier, j’ai participé, en tant que rapporteur, à un Forum organisé par la Fondation nationale des sciences politiques de Côte d’Ivoire, en partenariat avec la Délégation de la Commission européenne, sur le thème du partenariat Europe-Afrique.

Un bel événement bien organisé, incontestablement de niveau international, au cours duquel ont été enregistrées des interventions de haut niveau – dont celles de l’ancien Premier ministre sénégalais Moustapha Niasse, de l’ancien ministre de la Coopération français, Charles Josselin, mais également d’institutionnels, de chercheurs et spécialistes de terrain dont les avis enrichissent forcément les réflexions des uns et des autres.

Un constat est souvent revenu pendant les discussions : celui de la faiblesse de proposition et de négociation des acteurs ivoiriens face à des partenaires internationaux. Résultat de l’affaiblissement extraordinaire de l’Etat depuis au moins 15 ans (accéléré par le «power sharing désastreux» d’après-Marcoussis, selon l’expression du professeur Yacouba Konaté), les interlocuteurs ministériels de l’Union européenne ne sont pas toujours aptes à définir les priorités stratégiques de leurs départements. Du coup, les Européens décident à la place d’Ivoiriens trop occupés à se disputer des lambeaux de République, et prennent une trop forte importance dans la gouvernance nationale, imposant facilement leur agenda. Il y a, de toute évidence, dans notre société, un problème de «thinkers», de personnes pouvant imaginer des modèles et des stratégies publiques.

Des membres de la société civile, ahuris, ont appris que la Côte d’Ivoire se caractérisait par une très faible utilisation des crédits internationaux, faute de projets bien montés. Qui s’intéresse, dans le fond, aux dédales de la coopération internationale, à la fois dans ses aspects positifs et pervers ? Les fameux acteurs «non étatiques» dont parlent les experts internationaux sont-ils outillés pour exercer leur vigilance citoyenne ? Les députés ont-ils à leurs côtés les ressources humaines nécessaires – en termes d’attachés parlementaires par exemple – pour surveiller l’exécutif et les bailleurs de fonds, et leur remonter les doléances ou récriminations de leurs administrés ? Nous avons , dans tous les domaines (système judiciaire, consommation, emploi, communautés décentralisées, etc…) un besoin urgent de «watchers», d’observateurs spécialisés et pertinents, enlevant aux décideurs l’impunité que l’ignorance générale leur procure.