C’est la polémique qui agite le microcosme politico-médiatique français en ce moment. Un article révélant que Cécilia, l’épouse de Nicolas Sarkozy, n’est pas allée voter le 6 mai dernier à l’occasion du second tour de l’élection présidentielle, qui devait être publié par Le Journal du dimanche, a été censuré. Quand on sait que cet hebdomadaire appartient au groupe Lagardère, dont le cœur de métier est la vente d’armes, et que le patron du groupe himself, Arnaud Lagardère, qui considère Sarkozy comme son «frère», est intervenu pour interdire la parution d’un article mettant en lumière les fortes tensions au cœur du nouveau couple présidentiel, on comprend l’émotion qui s’est emparée du Tout-Paris. D’autant plus que de nombreux observateurs se souviennent que l’ancien directeur de Paris-Match, qui appartient aussi à Lagardère, avait été viré sans ménagement après avoir passé, à la Une, une image de Cécilia Sarkozy apparaissant publiquement au bras de son amant du moment…

Posons quelques questions subversives.

La liberté de la presse n’est-elle finalement pas plus grande dans des pays africains comme la Côte d’Ivoire, le Bénin ou le Cameroun, où il faut juste avoir quelques milliers d’euros et satisfaire à des procédures juridiques facilitées pour créer un journal, que dans la France d’aujourd’hui ? En effet, le phénomène de concentration des médias dans les mains de grands patrons vivant des marchés avec l’Etat ou bénéficiant de la protection du politique a atteint son apogée chez nos ancêtres les Gaulois. Le nouveau président étant à la fois l’ami de Martin Bouygues (TF1), de Vincent Bolloré (nouveau prince des médias gratuits et de la télévision numérique terrestre), de Serge Dassault (Le Figaro) et d’Arnaud Lagardère (Paris-Match, Elle, Le Journal du dimanche, Europe 1), les choses deviennent de plus en plus voyantes… La France médiatique se retrouve plus ou moins dans la situation d’avant la Deuxième guerre mondiale, où de gros cartels industriels noyautaient des grands journaux discrédités…

L’OPA des forces de l’argent sur la presse hexagonale est-elle finalement – et paradoxalement – contre-productive pour elles ? En effet, si le ticket d’entrée dans l’univers des médias classiques devient de plus en plus cher, la bouffée d’oxygène de l’Internet vient relativiser bien des baronnies. Ainsi, l’information censurée par Le Journal du dimanche s’est retrouvée sur un site d’information créé par des anciens journalistes de Libération (ex-quotidien de gauche racheté par le milliardaire Edouard de Rothschild) et, par contagion, sur tous les fils des agences de presse, dans tous les journaux télévisés et… à la Une de journaux bien plus influents que l’hebdo dominical. Certes, il faut de l’or pour jouir du droit de parler. Mais à l’ère électronique, les réseaux bien organisés peuvent déranger les capitaines d’industrie au portefeuille bien garni. L’Afrique digne doit profiter de ce phénomène mondial pour faire avancer sa cause et gagner des âmes à ses idées !