15 mai 2007
Chirac : l’adieu à l’Elysée
Des années durant, j’ai rêvé de ce jour où ce président français symbolisant jusqu’à la caricature la Françafrique la plus rancie quitterait le pouvoir. Ayant vécu – et combattu par la plume – en Côte d’Ivoire pendant toutes ces années où le locataire de l’Elysée tenait à chasser l’impudent du Palais du Plateau d’Abidjan, par l’intermédiaire d’une rébellion instrumentalisée ou directement, à travers la force Licorne, j’ai plusieurs fois rêvé de ce jour où il s’en irait. Je me disais que la double image d’un Jacques Chirac voyant les grilles de l’Elysée se refermer derrière lui, et d’un Laurent Gbagbo toujours «en place» à Abidjan, réveillerait des consciences africaines désormais instruites d’une réalité : le «fétiche» du pouvoir dans nos pays respectifs ne se trouve plus à Paris, nous pouvons résister au néocolonialisme et le mettre en crise. J’espère toujours que cette image confortera les «fous» qui osent rêver d’une Afrique souveraine, décidant au nom de ses propres considérations de ce qui est bon pour elle. Mais je ne ressens pas l’exaltation que je prévoyais quand, en novembre 2004, au cœur de la terreur suscitée par une armée française se comportant en force d’occupation à Abidjan, j’imaginais le «jour glorieux» où le chef de l’Etat français s’en irait sans avoir réussi à faire la peau au président ivoirien. Il suffit juste d’observer les réflexes d’une bonne partie de la classe politique ivoirienne – déjà à genoux aux pieds de Nicolas Sarkozy, l’appelant au secours – pour se dire que la «révolution du regard» que j’espérais ne sera pas automatique. En prenant un peu de hauteur, en voyant aujourd’hui Guillaume Soro et Laurent Gbagbo faire la paix des braves et s’épauler face aux coups de boutoir du RHDP – énième jeu d’alliances de l’après-Houphouët –, on considère également la vanité de nos combats du passé et des postures que nous avons pu adopter. Jacques Chirac s’en va… Il a fait du mal à la Côte d’Ivoire et à l’Afrique, les historiens le démontreront. And so what ? Notre meilleure revanche, en tant que société, sur ceux qui nous ont avili, serait de tirer les leçons du passé et d’accoucher d’une nouvelle ère, et non de perpétuer des haines et des clivages qui finalement subsisteront quand nous aurons oublié quand et comment ils se sont forgés. Que ferons-nous de la victoire symbolique que nous avons remportée ? Y aura-t-il des veilleurs de l’aube désintéressés qui travailleront à l’affranchissement économique et culturel du paysan, du jeune citadin harcelé par la pauvreté dans les bidonvilles, de la femme… de l’individu, du citoyen ? Le matin de la liberté est déjà là. Irons-nous remettre la clé des soleils des nouvelles indépendances à une nouvelle oligarchie ou nous transformerons-nous, par la force de notre pensée, en écrivains d’une renaissance qui bousculera les rentiers de toutes obédiences ? Au fond, Jacques Chirac n’est pas important. Ce qui est capital, c’est de créer, au-dessus des tombes de ceux qui sont morts pour qu’il n’ait pas raison de nos institutions, une société libre et de liberté, selon le bon mot du président Gbagbo – qui devra s’en souvenir. Jacques Chirac est parti. Laurent Gbagbo est là. Il n’a plus de bourreau, et il n’a plus d’excuses. Nous n’avons plus de bourreau, nous n’avons plus d’excuses. Une brise souffle sur nos certitudes.
Finalement, il s’est est allé. Jacques Chirac, cinquième président de la Vè République française, quitte l’Elysée. Une page se tourne.
Zap blog
Lévy, un de nos villageois est à la tête d'une "initiative de pensée populaire", bref d'un colloque sur le franc CFA qui se déroulera au mois de juillet. Il nous en parle dans le blog de la cellule managériale d'études et de réflexion (CMER). Allez y et parlez en à vos proches : www.cemerci.afrikblog.com.
Etre libre, n'est-ce pas pouvoir partager une pensée libérée qui elle-même transformera nos destinées ?
La technologie a-t-elle vaincu la censure ?
C’est la polémique qui agite le microcosme politico-médiatique français en ce moment. Un article révélant que Cécilia, l’épouse de Nicolas Sarkozy, n’est pas allée voter le 6 mai dernier à l’occasion du second tour de l’élection présidentielle, qui devait être publié par Le Journal du dimanche, a été censuré. Quand on sait que cet hebdomadaire appartient au groupe Lagardère, dont le cœur de métier est la vente d’armes, et que le patron du groupe himself, Arnaud Lagardère, qui considère Sarkozy comme son «frère», est intervenu pour interdire la parution d’un article mettant en lumière les fortes tensions au cœur du nouveau couple présidentiel, on comprend l’émotion qui s’est emparée du Tout-Paris. D’autant plus que de nombreux observateurs se souviennent que l’ancien directeur de Paris-Match, qui appartient aussi à Lagardère, avait été viré sans ménagement après avoir passé, à la Une, une image de Cécilia Sarkozy apparaissant publiquement au bras de son amant du moment…
Posons quelques questions subversives.
La liberté de la presse n’est-elle finalement pas plus grande dans des pays africains comme la Côte d’Ivoire, le Bénin ou le Cameroun, où il faut juste avoir quelques milliers d’euros et satisfaire à des procédures juridiques facilitées pour créer un journal, que dans la France d’aujourd’hui ? En effet, le phénomène de concentration des médias dans les mains de grands patrons vivant des marchés avec l’Etat ou bénéficiant de la protection du politique a atteint son apogée chez nos ancêtres les Gaulois. Le nouveau président étant à la fois l’ami de Martin Bouygues (TF1), de Vincent Bolloré (nouveau prince des médias gratuits et de la télévision numérique terrestre), de Serge Dassault (Le Figaro) et d’Arnaud Lagardère (Paris-Match, Elle, Le Journal du dimanche, Europe 1), les choses deviennent de plus en plus voyantes… La France médiatique se retrouve plus ou moins dans la situation d’avant la Deuxième guerre mondiale, où de gros cartels industriels noyautaient des grands journaux discrédités…
L’OPA des forces de l’argent sur la presse hexagonale est-elle finalement – et paradoxalement – contre-productive pour elles ? En effet, si le ticket d’entrée dans l’univers des médias classiques devient de plus en plus cher, la bouffée d’oxygène de l’Internet vient relativiser bien des baronnies. Ainsi, l’information censurée par Le Journal du dimanche s’est retrouvée sur un site d’information créé par des anciens journalistes de Libération (ex-quotidien de gauche racheté par le milliardaire Edouard de Rothschild) et, par contagion, sur tous les fils des agences de presse, dans tous les journaux télévisés et… à la Une de journaux bien plus influents que l’hebdo dominical. Certes, il faut de l’or pour jouir du droit de parler. Mais à l’ère électronique, les réseaux bien organisés peuvent déranger les capitaines d’industrie au portefeuille bien garni. L’Afrique digne doit profiter de ce phénomène mondial pour faire avancer sa cause et gagner des âmes à ses idées !
