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Le blog de Théophile Kouamouo

Vous rêvez comme moi d'une Afrique digne, d'une Afrique des Africains plus solide face à la violence des impérialismes ? Vous militez pour un continent démocratique et indépendant ? Moi aussi. Marchons d'un même pas.

09 mai 2007

Franc CFA : les Banques centrales dans la tourmente

fcfaQue se passe-t-il donc dans la zone CFA ? A Dakar et à Yaoundé, c’est le tumulte. Conjurations, messes basses, inquiétudes, menaces… Visiblement, l’expression des ambitions et des nationalismes remue des banques centrales qui ont longtemps symbolisé la placidité et la froideur face à toutes les secousses socio-politiques de l’Afrique francophone.

A l’Ouest, le ton monte. Profitant de la crise ivoirienne et de la dégradation des relations entre Abidjan et Paris, certains pays se disent que leur heure a sonné. Ils veulent remettre en cause la règle non écrite selon laquelle la Côte d’Ivoire dispose du poste de gouverneur tandis que le Sénégal abrite le siège de la Banque centrale de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Au Centre, la Guinée Equatoriale, nouvelle puissance pétrolière, veut remettre en cause la distribution des postes au sein de la Banque, sous fond de mécontentement financier – le pays d’Obiang Nguema estime que la BEAC rémunère mal les avoirs des pays membres.

Ces contradictions sont normales. Les institutions sont des corps vivants et leur forme doit évoluer en cas de besoin. Mais les institutions financières doivent obéir à des considérations financières. La Côte d’Ivoire a connu des secousses assez fortes, mais ces secousses n’ont pas remis en cause l’hégémonie économique de la Côte d’Ivoire dans la région. Il n’y a donc pas de raison que les choses changent à la BCEAO. «C’est celui qui a le plus d’argent dans une banque qui la dirige. Le poste de gouverneur de la BCEAO revient naturellement à la Côte d’Ivoire. Si les autres chefs d’Etat veulent s’opposer à cette évidence, je me retire de la zone monétaire pour créer ma monnaie. Je ne négocie rien», aurait confié, selon Jeune Afrique, le président ivoirien Laurent Gbagbo.

Obiang Nguema, quant à lui, fait remarquer que son pays, hier défavorisé et raillé, détient 47% des avoirs de la BEAC et réclame des réformes, notamment l’élection du gouverneur de la BEAC pour sept ans non renouvelables. Il a obtenu la mise à l’écart de l’indéracinable Gabonais Jean-Félix Mamalepot, jusqu’alors gouverneur, mais aucun successeur n’a été désigné. Le poker menteur se poursuit.

Les pays africains seraient bien inspirés de considérer avant tout les rapports de forces économiques pour trancher leurs différends autour de la gestion des Banques centrales. Le franc CFA peut-il se passer d’une Côte d’Ivoire leader sur les plans financier, agricole, énergétique et industriel ; ou d’une Guinée équatoriale enrichie par le boom pétrolier ? Il faut rendre à César ce qui est à César.

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07 mai 2007

Un blog que je vous conseille

Il s'appelle Calixte Tayoro. Ivoirien vivant en Norvège, il a lu et archivé les articles de presse liés à la crise dans son pays pendant cinq ans. Puis il a décidé de mener un travail de recherche approfondi sur l'attitude des médias (particulièrement des médias français) sur la crise. Il a ainsi engagé des rencontres, notamment avec des professionnels de la presse parisienne qui avaient des choses à dire. L'idée d'un livre et d'un documentaire lui est très vite venue à l'esprit. Tous les lundis, dans Le Courrier d'Abidjan, pendant plusieurs semaines, il nous livre une sorte de "making off" du travail à venir. Il le fait aussi dans un blog que je conseille de consulter :

www.coupercoller.wordpress.com

Valeureux citoyens du village afrinétaire, encouragez ce combattant de la mémoire en lui laissant des messages, dans son blog ou ici (je transmettrai).

A vos claviers...!

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Sarkozy, Yayi, ATT et les autres…

sarkoLa messe est dite. Nicolas Sarkozy, numéro un de l’UMP, parti créé par Jacques Chirac, est le nouveau président de la République française. Il a battu sa rivale socialiste avec près de 53% des suffrages exprimés au second tour. L’héritier du gaullisme françafricain, le «fils maudit» de Jacques Chirac est à l’Elysée. Durant la campagne électorale, il s’est appliqué à mobiliser la France qui a peur autour des thèmes qui l’inquiètent : l’insécurité, l’immigration, l’identité nationale. Par ailleurs, il a développé un discours de rupture pour le moins ambigu sur la relation entre son pays et ses anciennes colonies ; stigmatisant les «réseaux» chiraquiens tout en les récupérant ; condamnant les turpitudes du passé et les minimisant en clamant à tue-tête que la France refuserait désormais la mode de la «repentance».
Hier, lors de son premier discours de président élu, Nicolas Sarkozy s’est donné une posture missionnaire, en évoquant l’Afrique. «Nous voulons dire à l’Afrique que nous allons l’aider à vaincre la maladie, à vaincre la famine, à vaincre la pauvreté, à vivre en paix. Je veux leur dire que nous allons décider ensemble d’une politique d’immigration maîtrisée et d’une politique de développement ambitieuse», a-t-il proclamé. On aurait envie de lui demander de mettre d’abord un terme aux nuisances avant d’apporter une aide que les populations africaines ne lui ont pas encore demandé. Cesser de nuire, c’est mettre un terme à un interventionnisme militaire à la tête du client, visant à protéger les dictatures amies et à déstabiliser les régimes honnis. Cesser de nuire, c’est cesser d’exercer des pressions sur les gouvernements africains pour le compte de multinationales hexagonales pas toujours respectueuses du «juste prix» des différents services qu’elles offrent souvent dans une situation de monopole. Cesser de nuire, c’est arrêter de «secourir» les Africains contre leur gré, et sans même les avoir écoutés.
Bien entendu, dans les prochaines semaines, nous interrogerons les discours et actes de Nicolas Sarkozy, dans un essentiel réflexe de vigilance citoyenne, et traquerons les éventuelles premières dérives françafricaines. Mais nous aurions tant aimé ne plus avoir à parler de cette pieuvre aux mille tentacules. Nous aurions aimé commenter les élections françaises dans un journal ivoirien avec le même détachement que si nous évoquions les scrutins allemand ou japonais. Ce n’est pas encore possible parce que dans nos pays, la France officielle reste encore un acteur de la politique intérieure…
Sarkozy est président. Il représente, comme Ségolène Royal, une nouvelle génération qui marque, du point de vue de la politique intérieure, une certaine rupture. Les Français ne l’ont pas élu pour émanciper les Africains, et ne lui tiendront pas rigueur de chausser les bottes de colon de Jacques Chirac, si c’est pour la grandeur de leur pays.
En Afrique, la génération des «pères de la nation» s’en va, ou s’en est allée. Une nouvelle génération est au pouvoir, ou arrive au pouvoir. Sa mission historique est de parachever la décolonisation, de faire advenir une certaine indépendance économique, d’accoucher d’une ère où les décideurs du continent ne fonderont pas leurs analyses et décisions sur les caprices et vues de l’ancienne métropole. Comme Nicolas Sarkozy dit vouloir s’attaquer à la dette et aux rigidités qui sont à l’origine du déclin français, les nouvelles élites africaines doivent briser les carcans qui entravent l’évolution de leur relation avec l’ancien dominateur. Le président élu par les Français dit avoir pour amis les présidents malien Amadou Toumani Touré et béninois Yayi Boni. Vont-ils se précipiter, dès son investiture, à la cellule africaine de l’Elysée pour «cafter» contre leurs homologues mal aimés à Paris, en espérant avoir quelques «bonbons» ou vont-ils, en harmonie avec les autres chefs d’Etat africains, et au nom des intérêts bien compris du continent, bâtir une relation égalitaire entre Etats malgré l’existence d’affinités particulières ? Dans des confidences à Jeune Afrique, le très réactionnaire chef de la cellule africaine de l’Elysée sous Jacques Chirac, Michel de Bonnecorse, remarquait avec joie que «les jeunes démocratiquement élus ne sont pas les moins assidus» dans le bureau des pleurs et des complots du Palais présidentiel français. Nouvelle génération pour nouvelle génération, que les dirigeants africains soient au moins aussi patriotes que les dirigeants français. Qu’ils n’imitent pas un Houphouët-Boigny ou un Omar Bongo, qui ont vu plusieurs de leurs «amis» français se plier de bonne grâce au jeu démocratique et quitter le pouvoir avant de mourir, mais qui ont catégoriquement refusé de s’en inspirer, pour le plus grand malheur de leurs peuples.
Pour le reste, vogue la galère !

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02 mai 2007

Sale temps pour le FMI et la Banque mondiale !

wolfowitzTout pouvoir a une fin. Devenus incontournables grâce à la mode des «programmes d’ajustement structurel», sous fond de fin de guerre froide et de soumission de tous les bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux à leurs analyses, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale étaient craints dans les palais présidentiels, les ministères des Finances et toutes les administrations financières des pays en développement. Grands prêtres de la bonne gouvernance, ses représentants-résidents et ses chargés de mission étaient révérés. Ils pouvaient faire sombrer les économies, les pays et les régimes. Ils étaient l’alpha et l’oméga.

Mais ces dernières années, les choses sont en train de changer. Les deux vénérables institutions ploient sous le poids des critiques et redoutent leur marginalisation.

La fronde est venue de l’intérieur. Notamment quand Joseph E. Stiglitz, ancien vice-président de la Banque mondiale, a publié, en 2002 son livre La Grande désillusion, après avoir démissionné avec fracas. Dans son ouvrage, Stiglitz stigmatisait l’arrogance des « missionnaires » de ces institutions, qui portaient un regard condescendant sur les pays-clients du Sud et qui voulaient avoir raison même quand ils avaient tort. Il dénonçait, en gros, une technostructure irresponsable.

Les bouleversements de la mondialisation ont fait le reste. Se détachant des règles du FMI, la Chine, qui veut se positionner en puissance mondiale alternative et mobiliser les matières premières nécessaires à son expansion, s’est libérée des contraintes du FMI et a décidé de faire des prêts avantageux aux pays en développement, et différents types de business – on a ainsi vu la notion de «troc» revenir.

Isolés par le FMI et la Banque mondiale, certains pays ont testé la capacité de mobilisation de l’épargne intérieure, et en ont été édifiés. En Côte d’Ivoire par exemple, l’Etat lance un emprunt obligataire par appel public à l’épargne tous les ans, et récolte facilement ce qu’il attend – cette année, l’emprunt s’élève à 30 milliards, et le taux d’intérêt est de 6% sur 3 ans.

Dans ce contexte, la révélation des malversations de Paul Wolfowitz, figure néoconservatrice américaine et actuel président de la Banque mondiale, vient comme le coup de grâce. Hugo Chavez, le président vénézuelien n’a pas boudé son plaisir : il a annoncé, lundi dernier, le retrait de son pays du FMI et de la Banque mondiale. «Je veux formaliser la sortie du Venezuela de la Banque mondiale et du FMI (…) Qu’on nous rende nos sous avant qu’ils nous les piquent, car ils sont en crise, le FMI n’a pas de quoi payer les salaires (de ses fonctionnaires, ndlr)». Les pays d’Amérique latine ont déjà un système de financement alternatif…

Et l’Afrique ? Certes, le président ivoirien Laurent Gbagbo a évoqué, dans une interview au mensuel New African, l’idée de création d’un Fonds africain de solidarité, alimenté par des taxations sur les hydrocarbures notamment, pour financer «les grands projets» pensés par le continent. Mais la méfiance au sein du «syndicat des chefs d’Etat», les limites intellectuelles objectives et l’absence de vision de certains présidents africains, la tendance à ne considérer comme contrainte que ce qui vient de l’Occident peuvent ralentir un projet qui, de toute façon, n’est pas encore vraiment «sur le marché».

De plus, quand on entend les ricanements de plaisir venus de Brazzaville, capitale congolaise championne de la mauvaise gouvernance, suite aux déconvenues de Wolfowitz, il y a de quoi être glacé. Il y a de bonnes et de mauvaises raisons d’en vouloir au FMI et à la Banque mondiale. On peut contester leur autisme, leur rigidité dogmatique qui les pousse à demander aux gouvernements d’affamer leurs peuples, leur manière incroyable de ne financer que les projets entrant dans les stratégies d’approvisionnement des grandes puissances – le pipe-line Doba-Kribi plutôt qu’un vaste projet d’irrigation ou de chemin de fer, par exemple. Mais on ne peut pas se révolter sournoisement contre le principe d’une utilisation honnête de l’argent du contribuable africain, ainsi que le fait un Denis Sassou N’Guesso kleptocrate et inconscient.

Posté par kouamouo à 20:03 - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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