sabli_reÇa y est ! La résolution 1765 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui endosse avec modestie l’accord de Ouagadougou, est votée. Comme nous l’avons souligné dans notre édition d’hier, le contexte dans lequel ce nouveau texte sur la crise ivoirienne a été adopté est radicalement différent de l’ambiance qui avait cours dans le passé. Ce changement s’explique en grande partie par la lassitude des pays occidentaux face au «multilatéralisme opportuniste» de la France officielle durant la crise ivoirienne. La diplomatie chiraquienne a en effet toujours voulu embarquer les Etats-Unis et ses partenaires européens dans sa guerre obsessionnelle contre le président ivoirien Laurent Gbagbo. Au fil des années, les pays occidentaux ont fini par comprendre que Paris réglait ses comptes personnels en instrumentalisant la communauté internationale – dans un conflit sans grand enjeu stratégique pour eux.

Quelques indices témoignent de cette évolution. Ainsi des opinions affichées (à titre personnel) par Johannes Kunz, ambassadeur de Suisse en Côte d’Ivoire de 2001 à 2005, et qui a vécu toutes les péripéties du conflit ivoirien au cœur du gotha diplomatique d’Abidjan. S’exprimant à travers des tribunes et des interviews dans la presse de son pays après les accords de Ouagadougou, Johannes Kunz ne s’est pas privé de critiquer l’ambiguïté des initiatives onusiennes – chapeautées par la France – en Côte d’Ivoire. Il écrit par exemple : «L’ONU semble mal inspirée dans ses interventions sur le continent noir. Certains pensent qu’elle est un obstacle à la paix. Ainsi les deux principaux protagonistes de la grave crise qui secoue la Côte d’Ivoire depuis le 19 septembre 2002, le président Laurent Gbagbo et le chef rebelle Guillaume Soro, assistés par Blaise Compaoré, chef de l’Etat burkinabé et président en exercice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), ont signé, le 4 mars 2007 à Ouagadougou, un accord sur la résolution du conflit en excluant du règlement l’organisation qui, pendant quatre années, y a engagé de gros moyens politiques et militaires. (…) Tout comme le chaos somalien et la désolation du Darfour, l’espoir de paix en Côte d’Ivoire est fondé sur le refus de normes et interventions internationales qui ne manquent souvent pas d’ambiguïté. Ainsi l’opération de l’ONU en Côte d’Ivoire était dominée par l’ancienne puissance coloniale. Le contingent français des troupes de paix internationales ne répondait pas aux ordres de New York mais de Paris, où chaque résolution du Conseil de sécurité était rédigée, souvent dans le but de protéger les vieilles élites et de marginaliser les forces du changement. Si la paix en Côte d’Ivoire, qu’on doit souhaiter imminente, porte, de par le court-circuitage du système onusien, les stigmates du «politiquement incorrect», l’organisation elle-même pourrait bien ne pas sortir indemne de l’aventure ivoirienne. Même s’il est évident que le soutien de l’ONU reste indispensable pour le retour à la normale en Côte d’Ivoire, l’organisation mondiale peut paraître en Afrique tout aussi inefficace dans le règlement pacifique de différends qu’elle l’est dans la prévention de conflits. Pour les Africains, par contre, l’épisode ivoirien peut marquer la naissance d’une confiance renforcée en leurs propres capacités de négociation et de règlements de conflits. La communauté internationale entière y gagnerait.»

Clairement, Johannes Kunz affirme que c’est la partialité de Paris et son engagement implicite derrière Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara qui a discrédité l’ONU en Côte d’Ivoire. L’on comprend mieux pourquoi, dès le départ de Jacques Chirac de l’Elysée, Paris semble avoir abandonné le versant diplomatique de son opération de restauration des «houphouétistes» en Côte d’Ivoire. Le scepticisme des ses alliés l’y obligeait.