31 juillet 2007
Pourquoi la flamme de la paix est porteuse d'espoir
Les Ivoiriens et les observateurs de la crise en Côte d’Ivoire ont tellement été déçus par des «fausses alertes» annonçant la paix en vue qu’ils ont désormais des réflexes de Saint-Thomas : ils veulent voir avant de croire. Ainsi, la cérémonie d’hier baptisée «la flamme de la paix», durant laquelle le président Laurent Gbagbo et le Premier ministre et ancien chef rebelle Guillaume Soro ont décrété de concert la fin de la guerre et mis le feu symboliquement dans une benne remplie d’armes de guerre, ne peut pas susciter un enthousiasme dénué de toutes interrogations. Suffit-il de brûler quelques milliers de kalachnikovs pour passer l’examen de passage de la paix après près de cinq années de conflit, pour faire s’effondrer les différents murs de méfiance et de haine qui se sont dressés depuis le 19 septembre 2002 ?
Non, bien entendu. La paix n’obéit pas à la «pensée magique». Elle n’est pas instantanée comme le café. Très souvent, un processus de guerre peut se camoufler sournoisement derrière un processus de paix – ainsi des accords de Linas-Marcoussis, en janvier 2003, dont l’inapplicabilité a conduit à la crise ouverte de novembre 2004. Il faut donc se méfier des faux nez et des apparences. Le scrutateur de paix a un devoir de scepticisme.
Cela dit, la flamme de Bouaké est porteuse d’espérances. Pour la Côte d’Ivoire, pour l’Afrique de l’Ouest, pour le continent africain. Des signes très clairs poussent à l’optimisme.
Premièrement, la belle brochette de chefs d’Etat africains venus courageusement et souvent de loin (comme le Sud-Africain Thabo Mbeki) dans cette ville de Bouaké, ancien fief de la rébellion ivoirienne, où un attentat – perpétré par des ennemis du processus de paix – a failli ôter la vie à Guillaume Soro. Un courage qui indique la détermination du leadership africain à en finir avec une crise ivoirienne qui n’a que trop duré. De plus, au-delà du courage, l’on a senti la volonté de l’Afrique de l’Ouest d’en finir avec une crise fratricide qui a commencé depuis 1989. On ne le sait que trop : le conflit ivoirien n’est qu’un épisode de plus de la «guerre mondiale d’Afrique de l’Ouest», elle-même paradigmatique des «conflits déstructurés» de la période post-guerre froide, où les particularismes se sont exprimés dès lors que le couvercle du parti unique a sauté, avec d’autant plus de rage que la fin du pacte de Varsovie ouvrait un marché sauvage des armes légères et que les prédateurs des pays riches étaient bien décidés à désosser l’Etat africain pour obtenir les richesses minières du continent quasiment gratuitement. Les guerres ont ainsi voyagé du Liberia à la Côte d’Ivoire en passant par la Sierra Leone et (un peu) la Guinée grâce à une nébuleuse dont les piliers autochtones étaient Charles Taylor et Blaise Compaoré. Charles Taylor, prisonnier à La Haye, connaît un destin qui découragerait bien des vocations de pyromane. Plus malin, Blaise Compaoré – qui triomphait à Bouaké, de concert avec Thabo Mbeki – a choisi de se protéger en se drapant, comme Houphouët-Boigny hier, dans les habits précieux d’apôtre de la paix. Côte d’Ivoire, Togo, Niger… Après avoir été souvent une partie des problèmes, il commence à être régulièrement – avec en plus l’expérience du pouvoir – une partie des solutions.
Deuxièmement, la flamme de la paix contribue, beaucoup mieux que toutes les manifestations symboliques des derniers mois, à rendre irréversible le mouvement vers une sortie de crise. Actuellement en Côte d’Ivoire, les aspects techniques du processus de paix sont importants certes, mais bien moins que la solidification d’un édifice (celui de l’accord de Ouaga) qui fait face à de nombreuses initiatives subversives. Comme durant les processus de paix précédents, la période que vit actuellement la Côte d’Ivoire est délicate : on sent la paix venir, en même temps que les derniers soubresauts de ses ennemis. On se rappelle ainsi de la «black-on-black violence» avant les élections de 1994 en Afrique du Sud… Il est évident que la maturation des processus fait qu’à un moment, tout retour en arrière devient suicidaire. C’est de ne l’avoir pas compris que sont morts dans le déshonneur le rebelle angolais Jonas Savimbi et le chef de guerre sierra-léonais Foday Sankoh. A travers l’événement de Bouaké, Guillaume Soro contribue à rendre impossible un retour dans le «maquis», pour lui comme pour ses camarades qui se font encore des idées. Tout reniement des rebelles jetterait, de plus, une grosse tâche sur la belle toge de Blaise Compaoré, néo-sage selon la geste houphouétienne.
Henri Konan Bédié et Alassane Dramane Ouattara, les chefs de l’opposition réunis au sein d’une alliance qui ressemble de plus en plus à un simple tandem de vieux chevaux de retour, ont bien compris la symbolique. Puisqu’ils n’ont aucun intérêt à participer à l’irréversibilité d’une paix qui n’a plus pour première condition la fragilisation ou le départ du président Gbagbo, ils ne sont pas venus à Bouaké. Ont-ils raison ? Ont-ils tort ? La sagesse politique exige de ceux qui ne peuvent pas contrarier une vague de se plier au courant, afin de ne pas sombrer et de survivre, en misant sur des circonstances plus favorables dans le futur. Gbagbo l’a souvent fait lui-même, acceptant les accords de Linas-Marcoussis pour se requinquer et mieux les mettre en crise. Aujourd’hui, Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié, en guerroyant sans discernement contre Gbagbo, boudent des chefs d’Etat africains auxquels ils comptent pourtant s’adresser dans les semaines et les mois qui viennent, afin de plaider leur cause. Ils rapprochent inexorablement du chef de l’Etat ivoirien un Guillaume Soro qui a besoin de motifs de rupture acceptables.
Que dire de la France ? En première ligne au début du conflit ivoirien, toujours très impliquée militairement, elle se banalise. Comme les Etats-Unis et la Chine, elle n’était représentée que par un ambassadeur, laissant aux Africains le bénéfice politique d’une paix où ses choix ont été – c’est une litote de le dire – très contestables. Moins d’arrogance et d’amertume auraient conduit Nicolas Sarkozy à se faire représenter au moins à un niveau ministériel, par exemple par une jeune Franco-Africaine à la Rama Yadé. Paris n’a jamais su arrêter les frais. Au Rwanda, après l’arrivée au pouvoir de Kagamé, la France a cru qu’elle pouvait réécrire l’Histoire avec quelques alliés au Zaïre, puis a choisi de se murer dans la négation et l’orgueil. En Côte d’Ivoire, elle prend son temps, persuadée de son incontournabilité. C’est jouable, mais c’est risqué. Très risqué.
28 juillet 2007
Konaré fait la leçon à Sarkozy
On ne pourra pas reprocher à l'ancien président malien, aujourd'hui président en exercice de la Commission de l'Union africaine, de dire clairement son fait à Nicolas Sarkozy qui, lors de son discours à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, a aligné tous les poncifs "négrologues" à la Stephen Smith.
L'intégralité du discours de Sarkozy à Dakar :
Jugez en par vous mêmes et commentez !
27 juillet 2007
Zap citations
Qui a dit que les gendarmes n'étaient pas de grands philosophes ? Amicalement convoqué au Commandement supérieur de la gendarmerie ivoirienne hier pour m'expliquer (sans dommage aucun) sur la trop forte précision d'un article écrit par un de mes journalistes sur des frustrations au sein d'un corps généralement muet, j'ai pu lire cette phrase qui résume un peu les étonnements du commun des Ivoiriens devant certaines accélérations (ou bégaiements) de leur Histoire.
"La raison d'Etat a des raisons diplomatiques que la raison populaire et la logique policière comprennent mal."
Une autre citation d'un historien américain, Niall Ferguson, professeur à Harvard et à Stanford. Dans un article publié par la revue Foreign Policy, il écrit :
"Un empire ne se constitue et ne dure qu'aussi longtemps que les bénéfices d'une domination sur des peuples étrangers excèdent aux yeux des impérialistes les coûts qu'elle représente ; et qu'aussi longtemps que les bénéfices de l'acceptation de cette domination par un peuple étranger excèdent aux yeux des sujets les coûts de la résistance."
Blogocité !
Chers villageois et honorables hôtes de notre afrovillage,
Mon post sur la visite de Sarkozy au Sénégal a été diffusé par agoravox (http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=27350) et sur Yahoo ! Actualités (http://fr.news.yahoo.com/agoravox/20070727/tot-au-senegal-l-operation-de-charme-de-89f340e.html). C'est pas la célébrité ça ? (rires !).
Sinon, je vous invite à faire un tour sur le blog de mon "petit" Israël Yoroba, qui se bat (re-rires). www.yoroba.afrikblog.com. Encourageons les jeunes pousses du journalisme et du blogging.
A propos de la visite de Sarko au Sénégal, l'excellent site d'info en continu Rue 89 constate que l'opération de charme a viré au flop. Les Sénégalais ont trouvé Sarko horriblement paternaliste, imbu de "mission civilisatrice". Qui a dit que nos Gorguis chéris étaient d'indécrottables francophiles ? Ne confondons plus les peuples et les dirigeants.
http://www.rue89.com/2007/07/27/sarkozy-au-senegal-le-flop
Je vous promets que dans les prochains jours, je vais travailler sérieusement sur le "revival" de la rébellion touareg au Niger, les accusations contre Areva, l'empire français du nucléaire, et Kadhafi, le nouveau ami de Sarkozy. Mais déjà, quelques dépêches et papiers pris de ci de là.
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3212,36-939499@51-939511,0.html
On en reparle !
26 juillet 2007
Au Sénégal, l’opération de charme de Nicolas Sarkozy
Le nouveau président français Nicolas Sarkozy s’est posé, au cours de sa campagne électorale, en «homme de la rupture» avec les réseaux françafricains dont Jacques Chirac était, avec Jacques Foccart et Charles Pasqua, un dignitaire historique. Sa première tournée africaine était donc attendue par tous les exégètes des relations franco-africaines. Les destinations choisies n’ont pas été symboliques d’une volonté de renouveau. Alors qu’au départ, le Gabon d’Omar Bongo n’était pas prévu, le vieux dictateur toujours généreux avec les partis politiques français a réussi à renverser la tendance. L’Afrique du Sud et le Ghana étaient évoqués, mais les visites à ces deux pays seront remises à plus tard. Sarkozy a choisi d’aller au Sénégal, au Gabon et en Libye. Les deux derniers pays sont dirigés depuis près de trente ans par des hommes dont la démocratie n’est pas la marque distinctive, mais qui sont assis sur des éponges à pétrole et, bien entendu, à pétrodollars.
Reste le Sénégal. Pays dont la francophilie des dirigeants n’a jamais été prise à défaut, dont l’actuel chef de l’Etat est marié à une Française, il offre une vitrine démocratique plus ou moins acceptable, malgré quelques reculs en matière de droits de l’homme, une élection présidentielle à problèmes et des législatives boycottées par l’opposition. Cela dit, le Sénégal est le meilleur endroit où Sarko peut faire son show, porter beau et surtout énoncer une politique «nouvelle» qui aurait été discréditée d’emblée si elle avait été professée à Tripoli ou à Libreville.
Habile, Nicolas Sarkozy a choisi de faire preuve d’égards envers la presse locale – souvent méprisée par les politiques ou les hommes d’affaires européens – et les étudiants – les responsables français s’étant rendus compte du désamour dont leur pays est l’objet au sein des nouvelles générations africaines qui n’ont pas connu la colonisation. Sarkozy a donné deux interviews dans la presse sénégalaise – le quotidien d’Etat Le Soleil et le quotidien privé Walfadjri – et prononcera un discours à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
Dans la presse sénégalaise, le nouveau président a annoncé les couleurs, usant d’une rhétorique assez fine sur les questions délicates de la Françafrique (avec tout ce qu’elle comporte) et de l’immigration africaine. Il esquive la question des sommets France-Afrique. «La France a noué au fil du temps une relation particulière avec l’Afrique et je souhaite que nos relations avec l’Afrique soient une des orientations prioritaires de la politique étrangère de la France car je suis intimement persuadé que la France et l’Afrique, l’Europe et l’Afrique ont un destin commun. Aujourd’hui, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, je veux entretenir avec l’Afrique des relations amicales, équilibrées et décomplexées, reposant sur deux conditions essentielles : une volonté commune et un respect mutuel. La relation de la France avec l’Afrique est forte, spéciale, car la France est la meilleure des passerelles entre les continents africain et européen, mais cette relation ne peut pas être exclusive. J’ai le souci de moderniser les relations qu’entretient la France avec ses partenaires africains, d’arriver à la responsabilisation de chacun dans un partenariat étroit, mais exigeant et d’en chasser les vieux démons du clientélisme, du paternalisme et de l’assistanat. Sur les sommets Afrique-France, il faut en discuter avec nos partenaires africains, car la France n’entend pas décider seule. Dans l’immédiat, je constate que cette formule que la France a initiée avec le groupe des pays francophones, avant de l’élargir progressivement à l’ensemble du continent, est maintenant reprise par d’autres partenaires de l’Afrique, notamment par l’Union européenne», a-t-il dit à Walfadjri.
Sur le maintien ou non des bases militaires françaises, Sarkozy lance quelques piques aux courants d’opinion qui demandent leur démantèlement – notamment en Côte d’Ivoire – mais envisage tout de même des aménagements et des clarifications qui seront discutés avec les gouvernements africains. Qu’on se le dise : si les militaires français doivent quitter un pays africain, il faudra que le gouvernement de ce pays le demande clairement ! Ceci dit, Sarkozy lève un tabou : celui des clauses réservant, dans certains pays comme la Côte d’Ivoire, le Niger et le Bénin, l’intégralité de certaines matières premières africaines à la France. «Il me semble que la contestation (…) est très localisée et n’est pas sans rapport avec une instrumentalisation politique. Votre question m’offre l’occasion de réaffirmer une évidence : la France ne maintiendra jamais ses bases contre l’avis des pays qui accueillent ses bases. Je pense néanmoins qu’il faut clarifier les objectifs d’une telle présence et, si besoin est, son cadre juridique. Le Sénégal a renégocié en 1974 l’accord de 1960. D’autres pays ne l’ont pas fait alors que ces accords comportent des clauses aujourd’hui caduques et anachroniques comme l’accès aux matières premières ou des commandements communs. Je pense également qu’il est nécessaire de donner la plus grande transparence aux droits et obligations réciproques de ces accords. La guerre froide est finie et la mission des forces pré-positionnées a beaucoup évolué. Je vous rappelle que le dispositif militaire français en Afrique a désormais pour principale mission d’appuyer les efforts de l’Union africaine pour construire une architecture de paix et de sécurité et soutenir la montée en puissance des forces africaines en attente pour permettre au continent africain de garantir lui-même sa sécurité. On ne saurait exclure que la réalisation de cette mission entraîne des ajustements à l’avenir», a affirmé Sarkozy à Walfadjri.
Le président français semble persuadé du manque de témérité des dirigeants politiques africains, notamment ivoiriens. Et il se dit sans doute que les opposants à la Françafrique déjà arrivés au pouvoir sont encore minoritaires dans l’establishment africain, et qu’ils seront forcément isolés. Contrairement à Jacques Chirac, enfermé dans le passé, il ouvre la voie à une évolution de la relation franco-africaine, mais met le leadership africain à l’épreuve : s’il ne fait pas preuve de courage pour mettre fin à certaines ambiguïtés qui ne les arrangent pas ou plus, ce sera bien de sa faute, et non de celle de la France, susurre de manière subliminale Sarko. Le président français s’offre même le luxe d’encourager l’Union africaine, ce que n’aurait jamais fait De Gaulle, Pompidou ou même Chirac, qui estimait que le président sud-africain Thabo Mbeki ne connaissait pas «l’âme et la psychologie de l’Afrique de l’Ouest». «Je suis convaincu, comme Kwame Nkrumah, que l’Afrique doit s’unir. La nécessité d’une Union africaine, ou d’Etats unis d’Afrique, dotée de la volonté politique et des moyens institutionnels qui lui permettent de relever les défis auxquels le continent africain doit faire face me paraît évidente. La France soutient cet objectif et le dialogue permanent avec l’Union africaine est pour nous un principe central dans la conduite de la politique africaine. C’est unie et efficace que l’Afrique pourra pleinement jouer son rôle sur la scène internationale, venir à bout des derniers conflits qui subsistent et répondre aux menaces économiques, environnementales ou sanitaires sur le continent. Il appartient aux Africains de trouver les modalités de cette union, selon les méthodes qui leur paraissent les mieux adaptées à cet objectif. Le défi lancé n’est pas simple et nous en faisons l’expérience en Europe où le processus engagé depuis des années déjà connaît des hauts et des bas. Mais il est essentiel pour favoriser le développement économique notamment à travers des infrastructures de qualité et accroître son poids dans les négociations internationales et je pense ici notamment à celles de l’Omc. Je n’ai pas de modèle ou de mode d’emploi à proposer», a dit Nicolas Sarkozy au Soleil.
Sur la question de l’immigration, Sarkozy a bien l’intention d’aller à la pêche aux cerveaux et aux jambes (pour le football et l’athlétisme !) d’Afrique. Il sait bien que la crise économique en Afrique et l’absence de perspectives pour la jeunesse fait qu’une telle politique d’immigration sélective – que le Canada applique depuis plusieurs années, au grand bonheur des élites africaines fatiguées des pesanteurs du continent – ne peut pas être impopulaire. Mais il veut ménager son homologue sénégalais, qui hurle au pillage des cerveaux. L’immigration économique est repartie, sauf que la France n’a plus besoin d’ouvriers mais d’ingénieurs, de médecins, d’artistes et de sportifs de très haut niveau. «La loi du 24 juillet 2006 a instauré la carte « compétences et talents » et ouvert, pour la première fois depuis 1974, le marché du travail français. Il ne s’agit pas de favoriser les travailleurs issus de telle ou telle région mais bien d’ouvrir de vraies perspectives professionnelles dans les domaines où le marché de l’emploi français recherche des compétences. L’antenne de l’Anaem (Agence nationale de l’accueil des étrangers et des migrations) basée à Dakar aura précisément pour mission d’aider les travailleurs sénégalais à mieux connaître et à profiter de ces perspectives professionnelles nouvelles», a expliqué le président français au Soleil.
Au Sénégal, Nicolas Sarkozy rencontrera l’opposition politique à l’Hôtel Meridien de Dakar. Une manière de montrer que les relations exclusives avec les présidents africains sont révolues, et que Paris garde un œil sur des sons de cloche différents. Il est désormais question de savoir si le président français fera la même chose au Gabon, sachant qu’en Libye il n’y a pas d’opposition légale. Sarko a déclaré à la presse sénégalaise vouloir «moderniser les relations qu’entretient la France avec ses partenaires africains, d’arriver à la responsabilisation de chacun dans un partenariat étroit, mais exigeant et d’en chasser les vieux démons du clientélisme, du paternalisme et de l’assistanat». Dira-t-il la même chose à la société civile gabonaise, quand on sait que la France a annulé 20% de la dette publique gabonaise et travaille à la décote de 33% de sa dette envers les pays membres du Club de Paris ?
23 juillet 2007
Gbagbo : «Les gens combattent toujours les idées nouvelles par les armes»
L'historien Laurent Gbagbo a discouru sur les évolutions de l'Afrique lors d'une colloque à Yamoussoukro, dans le cadre du MASA 2007. Ci-dessous, l'article d'Armand-Brice Tchikamen, du Courrier d'Abidjan.
Le président de la République qui a présidé hier à la Fondation Félix Houphouët Boigny pour la recherche de la paix de Yamoussoukro la cérémonie d’ouverture de la table ronde internationale du Masa 2007, a gratifié son auditoire comme à l’accoutumée, d’un discours - pas toujours préparé - au-delà des attentes des invités et des organisateurs. Invité à se prononcer sur le thème : «Démocratie et culture démocratique : sortie de crise et paix en Afrique», c’est un véritable cours d’histoire qui a été dispensé aux invités par le président Laurent Gbagbo. Imperturbable devant ses pairs enseignants venus d’Afrique, d’Europe et du Canada, le premier citoyen ivoirien a fait l’historique de la démocratie en Afrique depuis 1945 jusqu’a nos jours.
Dans ses propos, il a mentionné que l’évolution et les changements démocratiques qui se sont opérés en Afrique et dans le monde depuis la nuit des temps se sont toujours accompagnés de terribles violences. «Les idées nouvelles, les gens les combattent toujours par les armes», a-t-il dit pour justifier par la même occasion la crise que vit la Côte d’Ivoire depuis septembre 2002.
En tant qu’historien averti, le chef de l’Etat a déclaré ne pas être surpris par la situation de crise en Côte d’Ivoire, et s’est dit «serein parce qu’on a déjà étudié ça». Cette situation propre à tous les peuples sur le chemin de la démocratie véritable et du développement industriel est pour le chef de l’Etat passagère. Elle est d’autant plus passagère qu’avec les accords de Ouagadougou signés en mars dernier entre les fils de la Côte d’Ivoire, le pays semble résolument engagé sur le chemin de la paix. C’est fort de cela qu’il a annoncé que «nous marchons vers la fin de la crise». Pour étayer ses idées, le chef de l’Etat a affirmé que «les crises que nous connaissons en Afrique sont des crises naturelles, des crises de la construction industrielle et démocratique, des crises de changement, qui aux yeux de tous ceux qui maîtrisent les règles de la science de l’histoire - l’histoire étant la première des sciences - ne sont plus un mystère». Avant de poursuivre : «Sans cynisme, l’Afrique n’a pas plus de crise que certains continents qui ont connu presque des siècles de crises avant d’avoir la situation stable dans laquelle ils se trouvent aujourd’hui». Comme solution, Laurent Gbagbo préconise le travail dans la fraternité - comme c’est le cas avec les accords de Ouagadougou - pour une sortie de crise durable. Il a enfin demandé aux uns et aux autres de se débarrasser de l’afro pessimisme qui anime nombre d’Africains face à la situation désastreuse sur le continent et avant de solliciter l’apport de tous dans l’écriture de l’histoire vraie de l’Afrique.
Un lien vers l'article de Michèle Pépé, de Frat-Mat.
http://www.fratmat.info/1,,,1_fgfd10,,1.php?,__=eb,,0-0&el=7PL100&bv=3GADATO6GF
Braeckman, Koulibaly, Tayoro, et moi, et moi, et moi...
Zapbloguons à fond et faisons la promotion des idées portées par nos amis et petits camarades.
Calixte Tayoro, éminent notable de notre afrovillage, publie ce mardi dans Le Courrier d'Abidjan une interview exclusive de John Bolton, ancien ambassadeur des Etats-Unis à l'ONU, qui "incendie" la France officielle et Kofi Annan en même temps qu'il révèle les coulisses de la guérilla diplomatique qui a précédé le vote de la résolution 1721. Cette interview est déjà disponible sur son blog.
www.coupercoller.wordpress.com
Colette Braeckman a publié dans son blog un carnet de route intéressant sur le Rwanda. On y lit que c'est un pays où l'ordre règne, où le plastique est interdit, où le petit peuple fait des cours d'informatique le soir pour se mettre à niveau, où la propreté est frappante, où les pauvres sont jetés sur le bas côté de la route, où l'Etat a un caractère policier assez inquiétant et où la réconciliation entre Hutus et Tutsis n'est pas encore achevée.
Le président de l'Assemblée nationale ivoirienne manifeste par écrit son désaccord avec la "levée de fonds" gigantesque lancée par le gouvernement Soro dans le cadre de la sortie de crise.
http://saoti.over-blog.com/article-6964275.html
Allez, commentez, vous n'êtes pas filmés...
"Fin-de-la guerre" cha cha ?
D’où vient-il que nous avons à l’esprit quelques pensées, sinon grincheuses, du moins inquiètes ? En réalité, depuis que nos parents nous ont raconté qu’ils avaient trop dansé trop longtemps sur les airs de «Indépendance cha cha», et qu’ils s’étaient réveillés encerclés par les guerres, le néocolonialisme, le tribalisme et tous les mauvais «ismes» – on parle bien des bons «té» –, certains d’entre nous se méfient comme de la peste des réjouissances et des célébrations. La guerre est finie. Et si elle est finie «façon Ouaga» plutôt qu’à la mode Linas-Marcoussis, c’est parce qu’une résistance patriotique et populaire s’est dressée face à la volonté de puissance et à l’arrogance d’une coalition aujourd’hui démembrée. Cette résistance a souvent été comparée à celle de nos Pères, qui a fait comprendre aux colonisateurs qu’il fallait partir – même si l’un d’entre eux a réussi le tour de passe-passe de «partir pour mieux rester». Cette résistance a souvent mis en question la réalité de nos indépendances et mis en accusation nos pères de l’indépendance, pointés du doigt pour avoir «vendu le pays», «trahi la cause» dès l’accession à la souveraineté formelle. S’il est vrai que nous nous acheminons, maintenant que la guerre est finie, vers une «seconde indépendance», nous devons nous entendre, au-delà des slogans faciles, sur les raisons qui ont corrompu la «première indépendance» et ne considérer l’action de nos dirigeants qu’à leur capacité à ne pas reproduire les fautes du passé. Certains intellectuels africains, francophones comme anglophones, estiment que le principal péché des Anciens a été d’arracher les libertés des peuples d’Afrique des mains des colons pour se contenter de les monopoliser, et de mettre leurs peuples enchaînés à leur propre disposition ou à la disposition de leurs maîtres respectifs dans le cadre de la Guerre Froide – ou les deux. Si nous sommes d’accord avec l’analyse de ces intellectuels, nous devons juger nos dirigeants – maintenant que la guerre est finie – à la manière dont leurs systèmes ménagent et protègent nos libertés individuelles et nos libertés collectives, à l’exception de la liberté de notre Etat par rapport aux autres (pour laquelle nous pensons nous être battu à la suite des Anciens). Dès lors que les choses sont ainsi posées, les questions qui fâchent apparaissent. Elles nous montrent l’ampleur de travail de «rectification» qui devra commencer dès que le flambeau de la paix de Bouaké s’éteindra. Qu’en est-il, au sortir de cette guerre, des libertés économiques du citoyen ? Quelle est la marge de liberté du marchand qui achemine l’igname de l’intérieur du pays jusqu’à Abidjan, par rapport à celle des seuls représentants de l’Etat qu’il croise – les forces de l’ordre ? Dans quelle mesure l’opérateur économique ivoirien est-il mieux protégé de la violence et de l’arbitraire que ses homologues mauricien, botswanais ou norvégien ? Quel est son degré de tremblement et d’appréhension quand il se rend dans un tribunal ? Quand son droit lui est reconnu, doit-il ensuite passer par l’arbitraire du bakchich ? Que signifie pour l’Ivoirien le droit à la santé et à l’éducation, dès lors que la corruption établit ses propres règles et subvertit tellement le principe de la gratuité qu’il perd tout son sens ? De manière générale, l’Etat, dans nos postcolonies d’Afrique francophone, s’accorde trop de droits et en laisse finalement assez peu au citoyen. Les exemples de ce réflexe qui ne s’interroge même plus, tellement il est ancré, courent dans les rues. Dans l’affaire des déchets toxiques, l’Etat (victime certes, mais aussi complice, quand bien même ce ne serait que par négligence) s’est indemnisé assez largement ; ses démembrements ont eu facilement leur «dû» et n’ont pas subi le chemin de croix que les victimes anonymes – éreintées par l’arbitraire d’une bureaucratie qui crée le cafouillage pour mieux en profiter – continuent de vivre. Pour parachever le processus de paix, le gouvernement lève des fonds à l’international alors que depuis deux ans, le budget n’est plus discuté à l’Assemblée nationale, devant la représentation du peuple souverain. Le gouvernement endette le peuple, sans trop lui expliquer les détails, pour «arranger» ce que son chef, Guillaume Soro, a «gâté». Le gouvernement se couvre d’amnistie, l’Etat est irresponsable devant le peuple, sauf que ce dernier a désormais, en plus du droit d’applaudir, celui de voter. Nous ne voulons pas jouer les rabat-joie. Mais il nous semble important de dire ces choses. La guerre qui a commencé le 19 septembre 2002 est finie, ou sur le point de finir. Implacable, la crise qui a commencé au début des années 1980 ne cesse de s’aggraver, et de changer de visage chaque jour – pour le pire. C’est à cette crise qu’il faut s’attaquer. Au risque de voir devant nos yeux pire que la guerre.
Dans exactement une semaine, la fin de la guerre qui a commencé le 19 septembre 2002 sera célébrée à Bouaké, en présence du président Laurent Gbagbo et de plusieurs autres chefs d’Etat africains, espère-t-on. La semaine qui vient de s’achever nous a fourni un indice fort de l’épuisement de la dynamique de belligérance en Côte d’Ivoire avec le vote de la résolution 1765 de l’ONU, qui consacre la normalisation des relations entre Abidjan et la Maison de Verre. Par ailleurs, la Conférence des bailleurs de fonds a eu lieu mercredi, et les promesses en vue du financement du programme de sortie de crise du gouvernement dirigé par Guillaume Soro se sont chiffrées en dizaines de milliards de FCFA. Les bonnes nouvelles s’accumulent, et les manifestations éparses des ex-mouvements d’autodéfense (GPP, FSCO, etc…) ne sont tout au plus que des épiphénomènes. Tout va très bien, Madame la Marquise !
20 juillet 2007
Picorage
La "belle entente" après la déstabilisation concertée et la déstabilisation mutuelle ? En tout cas, les officiels libériens annoncent qu'Abidjan les a aidés à circonscrire une tentative de coup d'Etat perpétrée par d'anciens fidèles de Samuel Doe. Quelles seront les conséquences pour la CEDEAO ?
http://news.abidjan.net/h/258029.html
La CNUCED estime que le décollage des pays pauvres est rendu difficile par la faiblesse technologique. Le Monde évoque le rapport de l'institution, Calixte Tayoro en fait un commentaire pertinent sur son blog bilingue :
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3220,36-937478@51-933397,0.html
http://www.coupercoller.wordpress.com
Alors que l'ambassadeur de France à Abidjan disait en fin de semaine dernière que son président de patron irait, dans le cadre de sa tournée africaine, au Sénégal, au Ghana, en Afrique du Sud et au Congo-Brazzaville, on apprend que Sarko commence son "trip" en Libye, et le poursuivra au Sénégal et au Gabon. Les mallettes du Guide et du "rigolo" sont-elles plus convaincantes que les chemises à fleurs de Madiba et les pagnes kita de l'Oncle John (Kufuor) ? Faut pas fâcher, nous s'amuser... En tout cas, la "rupture" sarkozienne en matière de politique africaine ressemble de plus en plus à une farce grotesque.
17 juillet 2007
L’ancien ambassadeur de Suisse en CI critique la France
Quelques indices témoignent de cette évolution. Ainsi des opinions affichées (à titre personnel) par Johannes Kunz, ambassadeur de Suisse en Côte d’Ivoire de 2001 à 2005, et qui a vécu toutes les péripéties du conflit ivoirien au cœur du gotha diplomatique d’Abidjan. S’exprimant à travers des tribunes et des interviews dans la presse de son pays après les accords de Ouagadougou, Johannes Kunz ne s’est pas privé de critiquer l’ambiguïté des initiatives onusiennes – chapeautées par la France – en Côte d’Ivoire. Il écrit par exemple : «L’ONU semble mal inspirée dans ses interventions sur le continent noir. Certains pensent qu’elle est un obstacle à la paix. Ainsi les deux principaux protagonistes de la grave crise qui secoue la Côte d’Ivoire depuis le 19 septembre 2002, le président Laurent Gbagbo et le chef rebelle Guillaume Soro, assistés par Blaise Compaoré, chef de l’Etat burkinabé et président en exercice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), ont signé, le 4 mars 2007 à Ouagadougou, un accord sur la résolution du conflit en excluant du règlement l’organisation qui, pendant quatre années, y a engagé de gros moyens politiques et militaires. (…) Tout comme le chaos somalien et la désolation du Darfour, l’espoir de paix en Côte d’Ivoire est fondé sur le refus de normes et interventions internationales qui ne manquent souvent pas d’ambiguïté. Ainsi l’opération de l’ONU en Côte d’Ivoire était dominée par l’ancienne puissance coloniale. Le contingent français des troupes de paix internationales ne répondait pas aux ordres de New York mais de Paris, où chaque résolution du Conseil de sécurité était rédigée, souvent dans le but de protéger les vieilles élites et de marginaliser les forces du changement. Si la paix en Côte d’Ivoire, qu’on doit souhaiter imminente, porte, de par le court-circuitage du système onusien, les stigmates du «politiquement incorrect», l’organisation elle-même pourrait bien ne pas sortir indemne de l’aventure ivoirienne. Même s’il est évident que le soutien de l’ONU reste indispensable pour le retour à la normale en Côte d’Ivoire, l’organisation mondiale peut paraître en Afrique tout aussi inefficace dans le règlement pacifique de différends qu’elle l’est dans la prévention de conflits. Pour les Africains, par contre, l’épisode ivoirien peut marquer la naissance d’une confiance renforcée en leurs propres capacités de négociation et de règlements de conflits. La communauté internationale entière y gagnerait.» Clairement, Johannes Kunz affirme que c’est la partialité de Paris et son engagement implicite derrière Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara qui a discrédité l’ONU en Côte d’Ivoire. L’on comprend mieux pourquoi, dès le départ de Jacques Chirac de l’Elysée, Paris semble avoir abandonné le versant diplomatique de son opération de restauration des «houphouétistes» en Côte d’Ivoire. Le scepticisme des ses alliés l’y obligeait.
Ça y est ! La résolution 1765 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui endosse avec modestie l’accord de Ouagadougou, est votée. Comme nous l’avons souligné dans notre édition d’hier, le contexte dans lequel ce nouveau texte sur la crise ivoirienne a été adopté est radicalement différent de l’ambiance qui avait cours dans le passé. Ce changement s’explique en grande partie par la lassitude des pays occidentaux face au «multilatéralisme opportuniste» de la France officielle durant la crise ivoirienne. La diplomatie chiraquienne a en effet toujours voulu embarquer les Etats-Unis et ses partenaires européens dans sa guerre obsessionnelle contre le président ivoirien Laurent Gbagbo. Au fil des années, les pays occidentaux ont fini par comprendre que Paris réglait ses comptes personnels en instrumentalisant la communauté internationale – dans un conflit sans grand enjeu stratégique pour eux.
