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Le blog de Théophile Kouamouo

Vous rêvez comme moi d'une Afrique digne, d'une Afrique des Africains plus solide face à la violence des impérialismes ? Vous militez pour un continent démocratique et indépendant ? Moi aussi. Marchons d'un même pas.

16 juillet 2007

Les leçons d’une résolution

Une fois n’est pas coutume. La diplomatie ivoirienne affiche une franche satisfaction après le vote de la résolution 1765 du Conseil de sécurité de l’ONU. Le texte de «la 1765» est volontiers décrit, d’ores et déjà, comme la manifestation de la «normalisation des relations avec les Nations unies». En effet, le contexte dans lequel la nouvelle résolution onusienne a été préparée, rédigée et adoptée est radicalement différent de l’ambiance qui a entouré le vote des précédents textes du Conseil de sécurité sur la Côte d’Ivoire.

ban_ki_moonAvant toute chose, deux missions sont venues à Abidjan demander au président de la République et au gouvernement quel rôle l’ONU pouvait jouer avec la nouvelle donne symbolisée par l’accord de Ouagadougou. Gbagbo et Soro, selon des interlocuteurs de premier plan, ont tous les deux eu le même discours devant les émissaires de l’institution dirigée aujourd’hui par Ban Ki Moon : «Aidez-nous, mais ne vous substituez pas à nous».

Le message est passé. Les membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont décidé «d’accompagner» l’accord de Ouaga, et non plus de réinventer la roue comme cela s’est vu après le sommet de l’Union africaine d’Addis-Abeba en 2006 – la France avait fait assaut de nouvelles trouvailles pour imposer une 1721 qui n’a jamais fonctionné. Mieux : les diplomates ivoiriens ainsi que Vincent Zakané, le «juriste maison» de Blaise Compaoré ont été en permanence consultés par les membres du Conseil de sécurité, qu’ils soient non permanents comme l’Afrique du Sud et le Ghana ou permanents comme la Chine et la France. Jean-Marc de La Sablière, qui promenait habituellement son hostilité anti-ivoirienne dans les couloirs de la Maison de Verre a filé le «grand amour» avec les représentants de la Côte d’Ivoire. Alpha Oumar Konaré, président de la Commission de l’Union africaine, a mis un point d’honneur à recevoir Alcide Djédjé, ambassadeur de la Côte d’Ivoire aux Nations unies, lors d’une visite à New York, et à s’informer sur le regard d’Abidjan au sujet de la nouvelle résolution onusienne.

Bien entendu, il ne faut pas avoir fait de hautes études en relations internationales pour comprendre que le tandem Bédié-Ouattara essuie une grosse défaite diplomatique avec la suppression du poste de Haut représentant des Nations unies pour les élections (HRE). Abidjan a fait valoir, lors des réunions de préparation de la résolution 1765, que le poste qu’occupait Gérard Stoudmann était une «anomalie». En effet, jamais dans l’Histoire récente des processus de paix en Afrique, ce poste n’a existé – même pas dans le cas de la République démocratique du Congo, qui vivait son premier vrai processus électoral depuis les indépendances. Par ailleurs, il y avait manifestement doublon entre la division électorale de l’ONUCI et le HRE. Pis, il y avait un abandon de souveraineté de la part de la Côte d’Ivoire, dès lors que Stoudmann était érigé en «super-juge électoral». Désormais, il revient à Abou Moussa de certifier les différentes étapes d’un processus durant lequel l’ONU sera consultée. Mais il n’y aura plus d’arbitrage.

Par ailleurs, l’ONU consacre la mort du Groupe de travail international (GTI). La communauté internationale sera représentée par un organe «consultatif», qui aura rang d’observateur, qui n’assistera pas à l’intégralité des réunions du Comité d’évaluation et d’accompagnement (CEA) et qui ne rédigera pas, bien entendu, les oukases provocateurs qui avaient rendu célèbre l’organe qui avait fait connaître – y compris en France – la ministre Brigitte Girardin. La guerre de tranchées diplomatique entre Paris et Abidjan semble être terminée. Il reste à espérer que la «guerre secrète», dont certains signes montrent qu’elle continue, s’arrêtera elle aussi.

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Double impasse

Vendredi dernier, un «séminaire stratégique» organisé par la Fondation nationale des sciences politiques de Côte d’Ivoire a eu lieu à l’Hôtel Novotel d’Abidjan, en présence de l’ambassadeur André Janier, de l’ancien Premier ministre Pascal Affi N’Guessan et du ministre de la Réconciliation, Sébastien Dano Djédjé. Le thème était potentiellement explosif : il s’agissait de réfléchir autour des relations franco-africaines - et forcément franco-ivoiriennes - après l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Les choses se sont finalement déroulées avec beaucoup de murmures, mais peu d’éclats de voix et de franches engueulades. Ce qui ne veut pas forcément dire que la querelle franco-ivoirienne s’est miraculeusement adoucie. Les rancoeurs sont présentes, de part et d’autre, et ne disparaîtront pas avant longtemps.

Si la partie officielle ivoirienne est venue au débat avec un souci formel de conciliation mais sans «nouveau» discours charpenté vis-à-vis de la France, la partie française a utilisé la tribune qui lui était offerte pour donner quelques signaux clairs à l’opinion ivoirienne - et régler au passage quelques comptes avec les sympathisants de la galaxie patriotique, dont un récent sondage montre qu’ils sont particulièrement remontés contre l’ancienne puissance coloniale.

Le message français, délivré par André Janier, porte indéniablement la marque sarkozyste. Premièrement, il n’est pas question que la France profite de la nouvelle donne au sommet pour faire acte de «repentance» par rapport aux exécutifs précédents et à la Françafrique - vocable brocardé par Janier. La France est prête à faire des ajustements techniques là où sa politique n’a pas été «comprise», mais elle ne se flagellera pas, malgré les nombreux cadavres africains qui continuent de se décomposer dans les placards honteux de la République. Deuxièmement, Paris prendra son temps pour se réconcilier avec Abidjan, et débarrassera la relation bilatérale de tout le sentimentalisme souvent violent qui l’a encombrée. La France ne veut plus être le «partenaire privilégié» de la Côte d’Ivoire, mais constate qu’elle reste le «premier partenaire» d’une nation dont les citoyens peuvent, du reste, l’insulter à loisir. Troisièmement, plus question de complaisance. Paris appuiera là où ça fait mal sans complexe. Ainsi, lors du séminaire de vendredi, les officiels hexagonaux ont pointé du doigt la baisse effarante du niveau d’éducation des Ivoiriens et du niveau des étudiants, la qualité dégradée des services de santé… ainsi que tous ces indices qui donnent de s’inquiéter légitimement pour l’avenir du pays des Eléphants, et qui renforcent la France dans la certitude que la Côte d’Ivoire aura encore, et pour longtemps, besoin d’elle.

En passant de l’époque Chirac à l’ère Sarkozy, Paris a cessé (momentanément ?) de douter. Elle a rechargé ses accus et se sent prête à donner le change, en haussant le menton et en assumant un néopatriotisme à l’américaine. Les patriotes ivoiriens se sont-ils gaussés de «la France qui tombe» en 2003 ? Les patriotes français narguent aujourd’hui une Côte d’Ivoire qui parle beaucoup mais agit peu, dont les actes (selon Sarkozy) contredisent parfois les discours et vice versa… Et si la terreur (idéologique) avait changé de camp ?

Nous sommes en face de ce qu’on pourrait appeler une double impasse. La France, aidée par les acteurs locaux qui veulent lui faire plaisir, aime à croire qu’il est pertinent de brosser un tableau selon lequel les années de gloire de la Côte d’Ivoire étaient celles de la coopération la plus étroite avec l’ex-métropole, et que son déclin est intrinsèquement lié au désengagement de Paris. Ce n’est pas vrai. En réalité, nous assistons en Côte d’Ivoire, depuis le début des années 80, au lent pourrissement du modèle de «coopération» post-indépendances - et de ses avatars que sont la culture du parti unique, l’étatisme castrateur, le faible «empowerment» des élites intermédiaires, la corruption franco-africaine se transformant en corruption tout court et en culture de l’impunité… Au nom de ses intérêts bien compris à long terme, la France doit se remettre profondément en cause. Ceci dit, elle a beau jeu de faire remarquer que l’Afrique n’est pas sa première priorité. Elle n’y rencontre, au final, qu’une impasse intellectuelle. Elle aurait de vrais soucis à se faire si les dirigeants de «ses» territoires accéléraient leur Histoire et créaient les conditions d’une «mondialisation heureuse» en s’attaquant à la question de l’Etat de droit, de la liberté d’initiative, de la sécurité collective, des vrais combats pour la souveraineté. Ce n’est pas encore le cas : la perte d’influence de Paris sera donc lente. Il est probable que la France se résolve à voir l’Afrique comme un investissement de fin de cycle, sur lequel elle portera un regard changeant selon les opportunités et les «coups» ponctuels.

Côté ivoirien, l’impasse est plus préoccupante - elle est centrale et non périphérique. Profondément déstabilisée, décotée, la Côte d’Ivoire se réveille d’un long conflit avec la gueule de bois. La crise a révélé ce que Jean-Louis Billon a appelé, dans son intervention de vendredi dernier, un «fort désir d’émancipation». Malheureusement, la révolution culturelle théorisée et proclamée par la mouvance patriotique est dans l’impasse. Toutes tendances confondues, les «enfants gâtés de l’houphouëtisme», nés dans les années 40 et 50, qui ont connu la colonisation, entretiennent un rapport névrotique avec l’ex-métropole. Qu’on l’aime à la folie, qu’on la déteste à la folie par intermittences… on vit visiblement dans son regard. La crise a créé un réflexe patriotique au sein du petit peuple, mais ce réflexe n’a pas été très fort au sein d’une élite qui, désormais convaincue de la précarité de ses positions, a cédé à la tentation des stratégies égoïstes et familiales, a regardé l’Etat se déliter sans trop se battre, et a réglé - tous bords confondus - des comptes de toutes façons soldés avec un mort : Houphouët-Boigny.

Et si l’on sortait du post-houphouétisme ?

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12 juillet 2007

Un peu de lecture...

Mon reportage sur mon séjour de dix jours en Inde :

http://www.lecourrierdabidjan.info/a_la_une.asp?id=14904

L'édito de David N'Goran sur Soro et son attentat :

http://www.lecourrierdabidjan.info/a_la_une.asp?id=14911

Bonne lecture !

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Image de la France en Côte d’Ivoire : le sondage qui dévoile tout

sarkozyafrique1sdMédias et analystes glosent depuis plusieurs années sur les relations orageuses entre la France et la Côte d’Ivoire depuis le déclenchement de la crise militaro-politique qui secoue l’ancienne vitrine de l’influence hexagonale en Afrique. Mais jusque-là, aucune étude d’opinion n’avait été produite et publiée pour mieux appréhender le regard que porte l’opinion ivoirienne sur l’ancienne puissance coloniale, très impliquée militairement et diplomatiquement depuis le 19 septembre 2002. C’est désormais chose faite.

Alors qu’elle préparait le séminaire stratégique sur l’avenir des relations entre la France et la Côte d’Ivoire - qui a lieu demain à l’Hôtel Novotel -, la Fondation nationale des sciences politiques de Côte d’Ivoire a eu l’idée de commander à un cabinet réputé, Axes Marketing, un sondage sur l’image de l’ancienne métropole dans l’ex-colonie. Le Courrier d’Abidjan a pu s’en procurer une copie - les résultats exhaustifs seront dévoilés lors du séminaire.

L’enquête a été réalisée sur un échantillon de 500 personnes, représentatif de la population d’Abidjan. Il en ressort que l’image de la France, qui n’est pas encore tout à fait catastrophique, s’est dégradée en Côte d’Ivoire durant la crise, et que les Ivoiriens regardent l’ancienne puissance coloniale de manière radicalement différente selon qu’ils se sentent proches du CNRD (mouvance présidentielle) ou du RHDP (opposition).

Alors que 90% des interviewés considéraient la France avant tout comme un partenaire avant la crise, ils ne sont plus que 65% à garder cette opinion - tandis que 20% pensent que la France est «avant tout un adversaire», contre 4% avant la crise. La France est considérée comme un pays ami par 41% des Ivoiriens, tandis que 37% la regardent comme un pays «pas toujours ami», et 20% comme un adversaire. 54% des sympathisants du RHDP considèrent la France comme un pays ami, contre 37% de sympathisants du CNRD. 82% des interviewés associent la France à la puissance, 69% à la richesse, 63% au néocolonialisme, 58% à l’impérialisme, 52% au racisme… et 48% au pays des droits de l’homme. 41% de ceux qui ont une bonne opinion de la France l’ont parce qu’elle «contribue au développement du pays» et 23% parce que c’est le pays colonisateur. Ceux qui ont plutôt de l’antipathie envers la France estiment qu’elle est à la base de la crise ivoirienne (30%), qu’elle a soutenu la rébellion (15%) et qu’elle a tué des gens au cours des événements de novembre 2004 (13%).

Ceci dit, malgré les griefs, une majorité des Ivoiriens (51%) a globalement «plutôt de la sympathie pour la France»… même si le plus grand nombre d’entre eux (51% du total et 60% des sympathisants du CNRD) considèrent que l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir aura un impact négatif sur la politique africaine de la France.

Par ailleurs, les Etats-Unis sont désormais le principal pôle d’attraction des Ivoiriens (pour y étudier ou pour y travailler), devant le Canada et la France. Une majorité relative des Ivoiriens souhaitent de toute façon vivre… en Côte d’Ivoire !

Lire aussi dans L'Express : http://www.lexpress.fr/info/quotidien/actu.asp?id=12666

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10 juillet 2007

Zap blog

Nous avons plaidé pour le développement du "watching" au sein de nos sociétés, et nous ne pouvons que nous féliciter de la création de blogs-observatoires. Je vous annonce la création d'un blog-observatoire de la com' chrétienne à Abidjan que vous pouvez consulter à cette adresse :

www.comchrist.wordpress.com

Par ailleurs, vous pouvez lire de nouveaux posts sur l'observatoire des campagnes com' à Abidjan, évoquant les dernières initiatives de Koz et de Orange :

www.babiwatch.wordpress.com

A vos claviers !

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09 juillet 2007

Guillaume Soro et «son» attentat

soro_guiguiSouvenons-nous. C’était en janvier 2003, dans la foulée de la signature des accords de Linas-Marcoussis. Guillaume Soro triomphait dans le rôle de l’appendice «jeune et joli» de la Françafrique la plus tordue ; Dominique de Villepin et Pierre Mazeaud lui prophétisaient un avenir d’homme d’Etat assuré, alors qu’ils prédisaient au président ivoirien Laurent Gbagbo une retraite anticipée.

Depuis cette époque, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Le président ivoirien n’a pas été déboulonné malgré tout l’édifice militaro-diplomatique qui était censé l’encercler. De guerre lasse, une partie de la nébuleuse internationale qui avait décidé de renverser Laurent Gbagbo a accepté de travailler avec lui sur l’hypothèse d’une paix sans putsch. Les Accords de Ouagadougou sont nés. Guillaume Soro, «l’instrument» dressé contre «l’adversaire» a été nommé Premier ministre par celui qu’il devait renverser, au grand dam de ses anciens amis du G7 et de certains de leurs alliés internationaux. Il est désormais dépeint en «traître».

Une chose est sûre : la guerre de 2002 et la paix de 2007 ont bénéficié, l’une comme l’autre, à l’ancien secrétaire général de la FESCI, et lui ont permis d’accélérer de manière radicale son destin politique. Il n’y a qu’à voir où en sont les Martial Ahipeaud, Eugène Djué et même Charles Blé Goudé pour se rendre compte que l’enfant de Ferkéssédougou est, de tous les produits de cette génération qui veut le pouvoir, celui a qui a, de la manière la plus spectaculaire, brûlé les étapes.

L’attentat perpétré contre l’avion qui le menait d’Abidjan à Bouaké le vendredi 29 juin 2007 a permis aux observateurs de se rendre compte de la place centrale que l’ex «petit gros» de la rébellion a pris en Côte d’Ivoire. Les uns après les autres, tout ce que la Côte d’Ivoire compte de figures politiques va, avec empressement et dévotion, dire son «yako» à Soro. Bien entendu, chacun y va avec son agenda et ses préoccupations. Ainsi, le camp présidentiel veut manifester sa solidarité dans l’épreuve pour mieux consolider une alliance encore fragile. Certains membres de l’opposition se disent que s’ils ménagent leur compassion, Soro passera, entièrement et avec armes et bagages, à l’ennemi. D’autres, comme Alassane Ouattara et les dignitaires du RDR se disent que, s’ils ne font pas assaut d’amabilités, on les accusera d’être à l’origine de l’attentat – étant donné que tout le monde sait qu’ils ont parrainé une rébellion qui les a finalement laissés tomber en chemin.

Une chose est sûre : aujourd’hui en Côte d’Ivoire, Guillaume Soro est le seul acteur politique que personne ne veut assumer comme ennemi. Il a acquis une indéniable centralité. De Villepin et Mazeaud ont-ils fait, il y a plus de quatre ans, œuvre de divination ? Sans doute l’actuel Premier ministre de Côte d’Ivoire veut-il y croire et se considérer comme une sorte de «prédestiné» qui a la «baraka» (selon l’expression de Jeune Afrique, la semaine dernière). Deux destins possibles s’ouvrent à Soro en tout cas : il peut tout aussi bien s’intégrer durablement dans le paysage politique africain ou s’assécher rapidement, essoré par des aventures politiques trop précoces et trop immorales.

Après ce qu’il nous somme de considérer comme «son» attentat, Guillaume Soro a montré les qualités qui l’ont souvent aidé et les défauts qui risquent de le «tuer».

En choisissant de rester à Bouaké après l’attentat, au lieu de s’enfuir «par sept chemins», le Premier ministre a montré une fois de plus son courage physique et son flair politique. L’opinion populaire aime les «woody» courageux ; les éventuels contradicteurs à Bouaké auraient vite fait de crier à la victoire psychologique si Soro s’était précipité à Abidjan après leur assaut ; les chefs de guerre qui se complaisent pour l’instant dans le double jeu auraient peut-être définitivement basculé. Tout cela, Soro l’a compris.

Ceci dit, dans la gestion de l’après-attentat, Soro a étalé son insondable arrogance et son caractère manipulateur devant des interlocuteurs irrités malgré leur masque de sympathie. Tour à tour, ses proches et lui ont accusé l’ONUCI, la Licorne, le camp présidentiel. Soro a demandé à tous ceux qui spéculaient de laisser les experts travailler pour finir par affirmer «je sais qui a fait le coup». Par la suite, profitant de l’aubaine que lui donnait la RTI (des sortes d’éditions spéciales couvrant de long en large la succession des «yako»), il s’est assumé à imiter le président Gbagbo jusqu’à la caricature, dans ses trucs et astuces, dans ses tics, dans sa posture. Recourant de manière exagérée au «je» de majesté, traitant ses interlocuteurs comme s’ils venaient effectivement se mettre à son service au-delà du folklore, il a raté de nombreuses occasions de montrer quelques signes d’humilité.

Et pourtant… Même s’il jouit aujourd’hui d’une gloire circonstancielle, Soro a plusieurs cadavres dans les placards. La France, qui sait tout des crimes et des pillages des siens, le tient : c’est sans doute pour cette raison qu’il a enjoint ses proches de mettre un terme à leurs accusations contre Licorne et l’ONUCI. Soro ne doit pas commettre l’erreur de regarder sa nomination à la Primature comme une absolution, une «nouvelle naissance» qui aurait effacé par miracle ses agissements du passé. Or, quand il dramatise à l’excès ce qui lui est arrivé, de nombreuses personnes se souviennent que des actes terroristes d’une ampleur bien plus grande que ceux du 29 juin 2007 ont eu lieu le 19 septembre 2002 – lui-même dit avoir été à la tête des opérations qui ont notamment coûté la vie à un ministre d’Etat, Emile Boga Doudou. boga_doudouQuand il dit qu’il sait comment ses hommes agissent – pour les blanchir de «son» attentat –, on se souvient qu’ils ont fait à d’autres (de manière peut-être moins spectaculaire mais tout aussi meurtrière) ce que quelqu’un a tenté de faire à leur chef. Lorsqu’il écarte toute piste interne, niant des frustrations pourtant réelles au sein de ses troupes, il accroît le malaise entre une base clochardisée et une minorité de chefs rebelles à la richesse ostentatoire.

Trop parler peut tuer. Guillaume Soro, s’il ne veut pas connaître le même sort que ceux qui l’ont précédé, doit se souvenir qu’il est après tout celui par qui le scandale est arrivé, mettre un bémol à sa propre euphorie et à celle de ses proches, travailler dans la discrétion et la courtoisie… en sachant qu’il a beaucoup de choses à se faire pardonner.

 

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06 juillet 2007

L’anticolonialisme selon Sassou

Les milieux les plus réactionnaires ont toujours aimé vider de leur contenu les mots qui les menacent. Objectif : les banaliser, créer la confusion sémiologique et discréditer avec eux ceux qui, en les portant, prêchent pour un nouveau monde, radicalement différent de celui qui existe.

sarko_sassouHier, dans la cour de l’Elysée, le président congolais Denis Sassou N’Guesso a appliqué cette vieille technique avec un art consommé et un cynisme scandaleux, en évoquant la procédure judiciaire consécutive plainte déposée par 27 associations pour «recel de détournement de biens publics» contre son homologue gabonais (et gendre) Omar Bongo et lui-même – où ces présidents ont-ils, en effet, pris l’argent grâce auquel ils ont acheté leurs somptueuses résidences parisiennes, ce que leurs salaires et avantages ne permettent pas ?

Sassou N’Guesso a hurlé, après un entretien tout de complaisance avec Nicolas Sarkozy, au «néocolonialisme». «Si cette affaire n'avait pas des relents, disons, de colonialisme, de néocolonialisme, de racisme et de provocation gratuite, on l'aurait plutôt laissée mourir (…) C'est plutôt honteux et triste de traiter ce dossier-là (…) En France tous les dirigeants du monde ont des châteaux et des palais, qu'ils soient du Golfe, d'Europe, de l'Afrique (…) On peut même s'étonner de voir que, de la manière la plus triste, on ait trouvé deux cibles sur lesquelles ont voudrait tirer. Je n'en dis pas plus».

Passons sur la manière grotesque dont Sassou justifie sa kleptomanie et le pillage de son pays. Il aimerait, peut-on comprendre, qu’au titre des droits de l’homme, on reconnaisse les droits des tyrans à affamer leurs peuples sans distinction de race. Pour Sassou, les associations et les juges français ne s’intéressent, pour les embêter, aux dictateurs qui détournent l’argent de leurs peuples que lorsqu’ils sont Africains. On aimerait lui rétorquer que c’est une agréable déclinaison de la «discrimination positive» et qu’il faudrait plutôt s’en féliciter.

Le problème, dans la rhétorique de Sassou, est plus profond. S’il s’autocélèbre en héraut du combat contre le néocolonialisme, il devient le compagnon de lutte des morts de l’Ivoire tués par les soldats de la force Licorne en novembre 2004, de François-Xavier Verschave, de Nelson Mandela. C’est une insupportable imposture. Le néocolonialisme, ce n’est pas la dynamique vertueuse qui ambitionne de traduire les pantins de l’Empire devant les tribunaux de la République; c’est la force vicieuse qui a permis au dictateur congolais de revenir au pouvoir par les armes en 1997, dans les chars de l'armée française et au prix de plusieurs milliers de morts, après en avoir été chassé par les urnes cinq ans plus tôt.

Par ailleurs, seuls les naïfs s’étonneront de l’empressement de Nicolas Sarkozy à recevoir à l’Elysée des présidents africains richissimes qui ne symbolisent en rien la «rupture» avec les «réseaux d’un autre temps» dont il s’est prévalu durant sa campagne. Si ce n’est pas un moyen d’intimider les juges, alors qu’est-ce donc ?

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02 juillet 2007

Les Etats-Unis d’Afrique, maintenant ?

Prévisions de tempête dans l’espace diplomatique africain. Depuis hier, les chefs d’Etat et de gouvernement du continent sont réunis à Accra, au Ghana. Ils planchent sur un thème d’une importance capitale : l’unification politique des 53 pays membres de l’Union africaine. Ce sujet central entraîne d’ores et déjà des clivages et des divergences fortes.

Moamer_Kadhafi_72677068_10D’un côté, le Guide de la Révolution libyenne, Muammar Kadhafi. Il estime que l’Union africaine – instituée le 11 juillet 2000 à Lomé dans la continuité d’un sommet de Syrte qu’il avait convoqué en septembre 1999 pour constater avec ses pairs l’incapacité de l’OUA à répondre aux enjeux du nouveau siècle – a échoué, et doit céder la place sans plus tarder aux Etats-Unis d’Afrique. De l’autre côté, le président de la République sud-africaine, Thabo Mbeki. Partisan d’une approche que ses amis considèrent comme «pragmatique», Mbeki prône un renforcement des organisations régionales existantes, qui ont vocation à se fédérer pour créer, à terme, un vaste espace commun.

Pour ne rien arranger, aux querelles de fond entre Kadhafi et Mbeki s’ajoutent des styles et des méthodes radicalement opposés. Kadhafi aime se voir en berger porteur d’une vision, habité par une mission ; les misérables considérations techniques du quotidien l’irritent. Mbeki, symbole de «l’élite africaine mondialisée», diplômé des universités britanniques, féru d’économie, régulier sur Internet, ne veut réfléchir que dans le strict cadre du «possible». Kadhafi gère une rente pétrolière, Mbeki dirige un pays industrialisé à l’économie diversifiée. Mbeki, bien qu’issu d’un parti membre de l’Internationale socialiste, est un libéral convaincu, aussi bien au point de vue politique qu’économique et sociétal, tandis que Kadhafi reste marqué par les clivages idéologiques de la guerre froide et est très influencé par une conception du pouvoir commune à de nombreux pays arabes, dans laquelle la démocratie à l’occidentale est une anomalie, voire une perversion.

On peut, au passage, se demander comment le président ivoirien Laurent Gbagbo gèrera cette guéguerre au sommet, lui qui est aujourd’hui proche des deux et redevable aux deux ; et qui ressemble, dans le style, à l’un et à l’autre – convictions démocratiques et socialisme pragmatique comme Mbeki, style flamboyant et posture missionnaire comme Kadhafi. C’est un enjeu pour la diplomatie ivoirienne mais ce n’est qu’un point de détail au regard de l’Histoire de l’Afrique…mbeki

Il nous semble stérile, voire dangereux, de structurer le débat panafricain autour de l’approche binaire qui a handicapé l’OUA des pères fondateurs. Il y avait jadis, deux camps : celui des «modérés» dont faisait partie Félix Houphouët-Boigny et celui des «progressistes» auquel appartenait Kwame Nkrumah. Du coup, les sommets de l’OUA s’apparentaient plus à des forums où les noms d’oiseaux plus ou moins originaux volaient bas qu’à des cadres où les défis économiques et stratégiques du continent étaient évoqués dans le but d’être vraiment réglés. Allons-nous reproduire ce type de configuration ?

Le contexte a changé. La guerre froide, dont les querelles idéologiques entre chefs d’Etat africains était (en partie) un artéfact, est finie. Un demi-siècle d’indépendance dans une Afrique balkanisée a montré l’impossibilité de continuer sur cette voie. Les allégeances totales aux anciennes puissances coloniales ne sont plus viables dans le contexte de globalisation qui est le nôtre aujourd’hui, et les dinosaures qui s’y accrochent ont déjà été condamnés par l’Histoire. Pour faire joli, le président français Nicolas Sarkozy a même exprimé à Kadhafi son soutien…

La cause est entendue. L’Afrique doit s’unir. Elle doit s’unir vite. Un récent séjour en Inde nous a conforté dans cette certitude. Comme l’Afrique, l’Inde a des problèmes criants de pauvreté endémique, de malnutrition, de scissiparités ethniques. Si elle connaît depuis plus de vingt ans une success story que le monde entier envie, c’est d’abord et avant tout parce qu’elle est unifiée.

L’Afrique doit s’unir, mais autour de quel projet, de quelles valeurs ? En privilégiant les divergences entre Mbeki et Kadhafi, les opinions publiques et les leaders du continent éludent le vrai débat. Quelles seront les valeurs qui constitueront le socle des Etats-Unis d’Afrique ou de l’Union africaine renforcée ?

Les Etats-Unis d’Amérique sont fédérés autour du principe de la liberté individuelle, de la démocratie et du libéralisme économique. La Fédération indienne également, même si elle a d’abord expérimenté un modèle économique plus étatique. La Chine est un Etat centralisé et autoritaire de plus d’un milliard d’habitants. Que choisir ? Kadhafi parle de l’Afrique comme d’une ensemble de «tribus noires». Est-ce acceptable ? Les Boers d’Afrique du Sud ne sont pas Noirs, les Arabes d’Afrique du Nord non plus. En Afrique, certains estiment avoir des droits et des allégeances qui ne sont pas liées à leur appartenance tribale. Il y a des Africains d’origine indienne et libanaise comme il y a des Européens d’origine africaine et arabe…

Si on crée les Etats-Unis d’Afrique à la fin du sommet d’Accra, on aura une agrégation de démocraties, de démocratures, de démocraties en construction et de franches dictatures ; des pays clairement engagés dans l’économie de marché, d’autres très étatisés, quelques-uns livrés aux multinationales étrangères sans pour autant que leurs propres citoyens bénéficient de la libre initiative politique et économique. On retrouvera des petits pays inondés par les pétrodollars, des pays pauvres et surpeuplés, des nations agricoles, des pays en voie de désertification… N’est-ce pas finalement le meilleur moyen d’exacerber les conflits et de discréditer, par une praxis non adaptée, le projet politique le plus porteur d’espérances pour le continent ?

La pose ne suffit pas. Kadhafi et Mbeki doivent faire des propositions charpentées, précises, financièrement évaluées et validées par des experts. Qui sait ? Une telle démarche, en réconciliant une vision exigeante et des contraintes techniques qu’on ne peut ignorer, pourrait mettre d’accord les deux hommes.

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