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Période ingrate de transition que celle que vit la Côte d’Ivoire ! Les heures héroïques de la résistance patriotique contre l’hydre françafricaine sont passées. Un processus de paix librement consenti par les parties mais fragile est mis en place, et révolte par intermittences ceux qui ont espéré, aux heures de braise, une glorieuse victoire contre l’occupant et ses vassaux locaux.

Nous vivons un matin blafard. Les laideurs des nôtres qui ont profité de notre étourderie de combattants face aux «détails de l’Histoire» nous sautent au visage. La guerre a accéléré la lente décrépitude morale qui mine la Côte d’Ivoire depuis des décennies. Nous nous interrogeons. Ce combat valait-il vraiment la peine d’être mené ? A quoi ressemblera la Côte d’Ivoire après la crise ? A l’Algérie, mise en coupe réglée par les anciens libérateurs, selon certains observateurs ? A plusieurs pays de l’Afrique australe, de plus en plus forts économiquement et engagés irréversiblement sur la voie démocratique ? A la Guinée, tellement amoureuse de son «non» primordial et tellement harcelée sous Sékou Touré qu’elle en est devenue autarcique et, à certains points de vue, rétrograde ?

L’avenir est une page blanche. Demain sera ce que les plus engagés, les plus déterminés et les plus inventifs d’entre nous en feront. Un de nos combats sera d’opposer à la culture de l’embrouille, de la triche, de l’individualisme ravageur, du favoritisme, de l’irresponsabilité, une culture du mérite, de l’excellence, des rêves sains, de la dignité. Comment y arriver ?

Il me semble que le harcèlement systématique des chefs placés au-dessus du tas de contradictions qu’est la société ivoirienne en transition est contre-productif et ne peut que conduire à une sécheresse de cœur et à des désillusions qui profiteront immanquablement à ceux que les valeurs positives dérangent.

J’ai la conviction que la seule pose critique ne suffit plus et qu’il faut agir, patiemment, dans des démarches structurées à long terme, sur le corps social. Comme le dit la «vieille mère» Wêrêwêrê Liking, il faut désormais dire «oui» à notre rêve, et non dire seulement «non» à ce qui nous énerve. C’est pourquoi j’ai vécu la deuxième célébration de La Nuit de l’Excellence, jeudi dernier à l’Hôtel Ivoire, comme une belle allégorie.

La Nuit de l’Excellence est organisée par la Fondation Les Amis de l’Excellence (AMEX), créée et présidée par le ministre d’Etat, ministre du Plan et du développement, Paul-Antoine Bohoun Bouabré. Au quotidien, elle est gérée par un directeur exécutif, Isaac Tapé. La Fondation AMEX repère chaque année les meilleurs élèves de troisième de toutes les DREN fonctionnelles de Côte d’Ivoire, les célèbre comme on célébrerait des «Miss», puis les suit individuellement le reste de leurs études, afin de renforcer leur ambition et leur potentiel, de leur faire se frotter aux meilleurs d’Afrique et du monde dans le cadre d’Olympiades de mathématiques et de dictée. La Fondation AMEX travaille aussi à créer une fraternité saine entre ces jeunes pousses brillantes issues de toutes les ethnies et de tous les milieux sociaux, qui se convaincront par l’expérience que le talent est individuel, qu’il n’y a pas de communauté supérieure à une autre, et qu’il est juste et bon de tendre la main sans arrière-pensée à celui qui le mérite afin de construire une Nation plus forte.

Au départ portée par son seul créateur, la Fondation AMEX a réussi à fédérer autour de son rêve de nombreuses entreprises et administrations. Elle a réussi à rallier des parrains prestigieux – de Mamadou Koulibaly à Yed Esaïe Angoran. On peut imaginer que l’Etat de Côte d’Ivoire institutionnalise son soutien à une telle initiative. On peut même penser que son modèle a vocation à s’exporter dans des pays frères, comme l’Académie Mimosifcom a été fort heureusement copiée ailleurs.

La leçon de la Fondation AMEX est claire : là où la facilité règne, devenons les évangélistes de l’effort continu et du dévouement à nos communautés. La Fondation AMEX nous souffle une intuition : si le mouvement patriotique ivoirien a été porté essentiellement par la société civile, aussi bien dans les rues que dans les amphithéâtres, sur Internet et dans la presse, le mouvement de moralisation de la société ivoirienne peut également être porté par la même société civile, par la même conspiration muette des hommes libres et ambitieux pour notre continent que nous voulons être. La Fondation AMEX interroge implicitement ceux qui, au quotidien, départagent élèves et étudiants dans le cadre des examens et concours, quel que soit le niveau auquel ils se trouvent.

Ce même jeudi dernier, le président Laurent Gbagbo et l’architecte Pierre Fakhoury ont fait découvrir à la presse le projet du futur Parlement à Yamoussoukro. Coût prévisionnel ? 100 milliards de francs CFA. Certains s’interrogent et s’inquiètent de la mégalomanie de Pierre Fakhoury. Est-ce bien raisonnable ? Cet argent ne peut-il pas servir à autre chose, comme le financement de l’éducation ? Ces questions sont légitimes. Elles doivent nourrir le débat, comme d’autres. Par exemple, peut-on reporter longtemps le transfert de la capitale, qui permettrait de délocaliser certaines activités, alors qu’Abidjan devient une sorte de mégalopole surpeuplée ? La Côte d’Ivoire ne doit-elle pas donner au signal au monde, montrer à tous qu’elle ne renonce pas à la grandeur malgré son dos courbé ?

On peut reprocher au président Gbagbo de trop choyer Yamoussoukro, alors qu’Abidjan – où vit près du quart de la population ivoirienne – se délite. Personnellement, je rêve du lancement du troisième pont, qui aurait un effet psychologique indéniable. Dans tous les cas, nous ne devons pas succomber à la dépression post-partum (ou post-crise). Demain sera un beau jour, par nos efforts conjugués.

Site internet de la Fondation AMEX :

www.fondationamex.org