13 septembre 2007
Crise au Courrier d'Abidjan : ma part de vérité
Chers villageois,
En ce moment, comme nombre d'entre vous le savent, je suis dans une situation "spéciale" au Courrier d'Abidjan. "Licencié" par mon associé et chassé des locaux du journal pour avoir refusé de publier un article de Mahalia Ntéby-Nathalie Yamb tombant à mon avis sous le coup de la loi, j'ai été accusé d'avoir refilé au Patriote l'article problématique en question, et de susciter artificiellement une brouille au sommet de l'Etat ivoirien. Accusations fausses, contre lesquelles je me battrai jusqu'au bout. Ma part de vérité...
http://www.notrevoie.com/a_la_une.asp?id=15184
10 septembre 2007
Amoureux de gospel
En ce début de semaine, les chrétiens et les autres amoureux de gospel peuvent se rafraîchir l'âme en écoutant Alabaster Box, merveilleuse chanson de Cece Winans sur :
09 septembre 2007
Des hirondelles dans la grisaille
Période ingrate de transition que celle que vit la Côte d’Ivoire ! Les heures héroïques de la résistance patriotique contre l’hydre françafricaine sont passées. Un processus de paix librement consenti par les parties mais fragile est mis en place, et révolte par intermittences ceux qui ont espéré, aux heures de braise, une glorieuse victoire contre l’occupant et ses vassaux locaux. Nous vivons un matin blafard. Les laideurs des nôtres qui ont profité de notre étourderie de combattants face aux «détails de l’Histoire» nous sautent au visage. La guerre a accéléré la lente décrépitude morale qui mine la Côte d’Ivoire depuis des décennies. Nous nous interrogeons. Ce combat valait-il vraiment la peine d’être mené ? A quoi ressemblera la Côte d’Ivoire après la crise ? A l’Algérie, mise en coupe réglée par les anciens libérateurs, selon certains observateurs ? A plusieurs pays de l’Afrique australe, de plus en plus forts économiquement et engagés irréversiblement sur la voie démocratique ? A la Guinée, tellement amoureuse de son «non» primordial et tellement harcelée sous Sékou Touré qu’elle en est devenue autarcique et, à certains points de vue, rétrograde ? L’avenir est une page blanche. Demain sera ce que les plus engagés, les plus déterminés et les plus inventifs d’entre nous en feront. Un de nos combats sera d’opposer à la culture de l’embrouille, de la triche, de l’individualisme ravageur, du favoritisme, de l’irresponsabilité, une culture du mérite, de l’excellence, des rêves sains, de la dignité. Comment y arriver ? Il me semble que le harcèlement systématique des chefs placés au-dessus du tas de contradictions qu’est la société ivoirienne en transition est contre-productif et ne peut que conduire à une sécheresse de cœur et à des désillusions qui profiteront immanquablement à ceux que les valeurs positives dérangent. J’ai la conviction que la seule pose critique ne suffit plus et qu’il faut agir, patiemment, dans des démarches structurées à long terme, sur le corps social. Comme le dit la «vieille mère» Wêrêwêrê Liking, il faut désormais dire «oui» à notre rêve, et non dire seulement «non» à ce qui nous énerve. C’est pourquoi j’ai vécu la deuxième célébration de La Nuit de l’Excellence, jeudi dernier à l’Hôtel Ivoire, comme une belle allégorie. La Nuit de l’Excellence est organisée par la Fondation Les Amis de l’Excellence (AMEX), créée et présidée par le ministre d’Etat, ministre du Plan et du développement, Paul-Antoine Bohoun Bouabré. Au quotidien, elle est gérée par un directeur exécutif, Isaac Tapé. La Fondation AMEX repère chaque année les meilleurs élèves de troisième de toutes les DREN fonctionnelles de Côte d’Ivoire, les célèbre comme on célébrerait des «Miss», puis les suit individuellement le reste de leurs études, afin de renforcer leur ambition et leur potentiel, de leur faire se frotter aux meilleurs d’Afrique et du monde dans le cadre d’Olympiades de mathématiques et de dictée. La Fondation AMEX travaille aussi à créer une fraternité saine entre ces jeunes pousses brillantes issues de toutes les ethnies et de tous les milieux sociaux, qui se convaincront par l’expérience que le talent est individuel, qu’il n’y a pas de communauté supérieure à une autre, et qu’il est juste et bon de tendre la main sans arrière-pensée à celui qui le mérite afin de construire une Nation plus forte. Au départ portée par son seul créateur, la Fondation AMEX a réussi à fédérer autour de son rêve de nombreuses entreprises et administrations. Elle a réussi à rallier des parrains prestigieux – de Mamadou Koulibaly à Yed Esaïe Angoran. On peut imaginer que l’Etat de Côte d’Ivoire institutionnalise son soutien à une telle initiative. On peut même penser que son modèle a vocation à s’exporter dans des pays frères, comme l’Académie Mimosifcom a été fort heureusement copiée ailleurs. La leçon de la Fondation AMEX est claire : là où la facilité règne, devenons les évangélistes de l’effort continu et du dévouement à nos communautés. La Fondation AMEX nous souffle une intuition : si le mouvement patriotique ivoirien a été porté essentiellement par la société civile, aussi bien dans les rues que dans les amphithéâtres, sur Internet et dans la presse, le mouvement de moralisation de la société ivoirienne peut également être porté par la même société civile, par la même conspiration muette des hommes libres et ambitieux pour notre continent que nous voulons être. La Fondation AMEX interroge implicitement ceux qui, au quotidien, départagent élèves et étudiants dans le cadre des examens et concours, quel que soit le niveau auquel ils se trouvent. Ce même jeudi dernier, le président Laurent Gbagbo et l’architecte Pierre Fakhoury ont fait découvrir à la presse le projet du futur Parlement à Yamoussoukro. Coût prévisionnel ? 100 milliards de francs CFA. Certains s’interrogent et s’inquiètent de la mégalomanie de Pierre Fakhoury. Est-ce bien raisonnable ? Cet argent ne peut-il pas servir à autre chose, comme le financement de l’éducation ? Ces questions sont légitimes. Elles doivent nourrir le débat, comme d’autres. Par exemple, peut-on reporter longtemps le transfert de la capitale, qui permettrait de délocaliser certaines activités, alors qu’Abidjan devient une sorte de mégalopole surpeuplée ? La Côte d’Ivoire ne doit-elle pas donner au signal au monde, montrer à tous qu’elle ne renonce pas à la grandeur malgré son dos courbé ? On peut reprocher au président Gbagbo de trop choyer Yamoussoukro, alors qu’Abidjan – où vit près du quart de la population ivoirienne – se délite. Personnellement, je rêve du lancement du troisième pont, qui aurait un effet psychologique indéniable. Dans tous les cas, nous ne devons pas succomber à la dépression post-partum (ou post-crise). Demain sera un beau jour, par nos efforts conjugués. Site internet de la Fondation AMEX :
La face cachée de Pierre Messmer
Il y a quelques jours, Pierre Messmer, ancien Premier ministre français, décédait. L'événement suscitait émotion et hommages en France où l'on célébrait un des derniers mohicans du gaullisme. Mais on évoquait très peu son rôle lors de la guerre d'indépendance menée par l'UPC au Cameroun, pays dont il était le haut-commissaire lors d'événements d'une grande gravité, que certains vont jusqu'à qualifier de génocide. En trois parties, je vous fais visionner ici un documentaire réalisé par le cinéaste suisse Frank Garbely, "L'assassinat de Félix Moumié - l'Afrique sous contrôle". Il vous édifiera sur un pan très tragique de l'Histoire coloniale franco-africaine que l'on s'échine à cacher au grand nombre. Pierre Messmer intervient, assume une partie de ses crimes et en nie une autre. Prenez le temps de visionner. Vous serez édifiés.
Première partie "L'assassinat de Félix Moumi"
envoyé par nadytch
Deuxième partie.
2ème partie de "L'assassinat de Félix Moumi"
envoyé par nadytch
Troisième partie.
3ème partie de "L'assassinat de Félix Moumi"
envoyé par nadytch
07 septembre 2007
Un article du Figaro sur le naufrage du Gabon et de la Françafrique
Il fait partie d'une série de papiers sur le déclin des puissances européennes et la percée de la Chine. Je diffuse ce reportage pour appuyer, volontairement, là où ça fait mal. N'oublions pas que "l'homme de Dakar", après avoir insulté le paysan africain et une jeunesse africaine trop paresseuse pour mener des combats libérateurs contre la corruption à l'université Cheikh Anta Diop, est allé baiser la babouche du satrape de Libreville, qui a transformé le Gabon (dans une ambiance de paix garantie par la présence française) en une terre sans espoir, prête à basculer dans la violence dès sa mort... dans un schéma à l'ivoirienne. Cliquez, lisez et commentez.
Anti-intellectualisme, par Achille Mbembé
Extraits d'un texte assez dense de l'intellectuel camerounais vivant en Afrique du Sud, publié en exclusivité sur le site d'Alain Mabanckou. Cette partie de son long papier (que vous pourrez lire chez Mabanckou) m'intéresse parce qu'elle évoque l'importance de l'intelligence et de la pensée critique dans les processus visant à lutter contre la domination, dans les luttes sociales et dans les engagements politiques progressistes.
"(...) C’est une critique que j’entends beaucoup ces jours-ci et qui, souvent, me surprend. Il en est de même de celle qui consiste à croire qu’il n’est d’engagement politique authentique de la part d’un intellectuel africain que la voie des armes et de la violence, ou la création d’un parti révolutionnaire de masse. On loue les vertus de la violence pour la violence en oubliant qu’il n’y a pas de luttes sociales véritables sans production consciente d’un capital d’intelligence critique et sans une transformation des schèmes de pensée qui autorisent précisément la domination.
On veut nous convaincre qu’à trop connaître et à trop réfléchir, on perd son temps. Comment s’étonner dès lors que démunis de mémoire et de culture, beaucoup finissent souvent par opter pour ce qui les abrutit toujours plus et par valider des choix dont ils ignorent les causes et les conséquences ?
Certes, si tant est que l’objectif est de gripper les rouages de la domination, alors les réflexions théoriques ne doivent pas tourner à vide, dans l’incantation, fût-elle prophétique. Mais la transformation effective du monde dans lequel nous vivons ne peut se faire sans un renouvellement de la pensée critique. On l’a vu à plusieurs reprises en Afrique au cours du dernier quart du XXe siècle : une radicalité uniquement centrée sur elle-même, instrumentale et cynique, ou encore l’exaltation spontanéiste d’explosions populaires sans débouchés – tout cela, très souvent, a mené droit à l’impasse.
Si les Africains veulent s’en sortir, il leur faudra développer une conception relativement large du rôle de la critique et de l’intellectualité. On ne peut plus, de nos jours, opposer critique dûment informée et transformation sociale. La critique dûment informée – et donc qui repose sur un ensemble de connaissances - est absolument indispensable pour toute lutte émancipatrice.
Pour le reste, il existe diverses figures de l’intellectuel. Mais, autant que je puisse en juger, ce qui caractérise un intellectuel, c’est avant tout sa liberté de parole et de pensée."
05 septembre 2007
Une vidéo de ma conférence-dédicace à l'espace Bosart...
... Cette vidéo est un cadeau de l'agence Artistudio, d'Armand-Brice Tchikamen.
03 septembre 2007
Sortir de la diabolisation
Mais il reste qu’ils utilisent des méthodes paresseuses. Leur critique est en réalité une critique en creux. Ils ne se posent qu’en s’opposant, ce qui permet de les attaquer aisément, tant leurs contradictions sont criardes et leur corpus de base mal défini. En réalité, fonder un néo-houphouétisme ne va pas sans définir a priori l’houphouétisme et à choisir, parmi les valeurs qu’il incarne, celles qui doivent être réhabilitées et celles qui ne sont plus à l’ordre du jour. L’houphouétisme n’était pas – loin s’en faut – démocratique. Le parti unique était l’une de ses caractéristiques durant quasiment toute sa durée. Faut-il remettre en cause le multipartisme et la règle démocratique pour ne pas se réveiller un matin avec des dirigeants «inaptes à gouverner» ? L’houphouétisme était centralisé. Faut-il remettre en cause le processus de décentralisation ? L’houphouétisme se fondait sur un clientélisme d’Etat qui a toujours cours, au demeurant. Qu’en faire ? Au point de vue international, l’houphouétisme bénéficiait du contexte de la guerre froide, et a été fortement déstabilisé par la chute du Mur de Berlin. Il conciliait une forme de redistribution vers les Etats voisins et une ingérence souvent meurtrière dans ces Etats. Quelle diplomatie pour le post-houphouétisme ? L’houphouétisme captait la manne cacaoyère pour rendre l’Etat crédible et financer – par l’endettement – de belles infrastructures, notamment dans le domaine de l’éducation, qui n’ont malheureusement pas résisté à une poussée démographique très forte. Faut-il poursuivre la libéralisation des filières agricoles ou réinstaller un organisme à la Caistab – comme au Ghana, pays qui se débrouille plutôt bien ? Les néo-houphouétistes doivent se prononcer. On ne peut pas reprocher au FPI de n’avoir pas réfléchi en profondeur sur la société ivoirienne. Laurent Gbagbo lui-même a rédigé de nombreux livres, dont l’historique Côte d’Ivoire : pour une alternative démocratique. Ses contradicteurs d’aujourd’hui gagneraient à faire des propositions charpentées, en même temps qu’ils dénoncent l’existant. On peut penser aujourd’hui que les propositions du FPI il y a vingt ans étaient souvent un peu naïves et venaient de personnes qui n’avaient aucune expérience du pouvoir. C’est vrai, mais qui accepte le principe de l’alternance accepte le principe de l’inexpérience aux affaires. Il est grand temps d’en finir avec l’arme de la diabolisation en politique, en Côte d’Ivoire et ailleurs en Afrique. C’est un impératif de modernité. A la décharge des néo-houphouétistes d’aujourd’hui, on est obligé de concéder que la diabolisation à outrance est une mode œcuménique dans la Côte d’Ivoire contemporaine – et c’est bien cela le drame ! Les derniers échanges d’amabilités entre le FPI et le PDCI au sujet de la «mort», qui caractériserait l’un ou aurait pris l’autre dans ses rêts, et la guerre grotesque autour du frère d’Henri Konan Bédié, en sont des exemples. Le principal problème avec la diabolisation, c’est qu’elle ne va pas sans son corollaire, l’angélisation. Si l’enfer, c’est les autres, le paradis, c’est nous ! De toute façon, dès lors que l’autre est démoniaque, nous ne sommes plus obligés de prouver notre exemplarité. Nous pouvons nous contenter d’incarner «le moindre mal» ! Aujourd’hui, de nombreuses voix critiquent les dérives de la Refondation , et il sera difficile de les faire taire par quelques effets de manche. Mais l’agression de la Côte d’Ivoire par la France et le discours patriotique qui a suivi expliquent en partie le relâchement des mœurs de plusieurs. C’est une position morale confortable d’être face au «diable» français et à ses sbires locaux ! Cela exonère d’un certain nombre de devoirs. Et cela, de nombreux proches du président Gbagbo l’ont compris. Se souciant peu de ce que leur grand homme laissera à la postérité, ils regardent le pouvoir comme une sorte de bougie qui fond progressivement. Avant qu’elle s’éteigne, il faut s’empiffrer. Du reste, l’évidente conspiration de la nébuleuse française entretient la flamme. Les crises font le miel de toutes les impostures. La logique de diabolisation a ceci de particulier qu’elle attaque les groupes, même en leur sein. Dès le moment où le discours se suffit à lui-même, il est aisé de se poser (par le verbe) à l’extrémité d’une tendance et de jouer les purs et les arbitres des élégances – quand bien même l’action et la lumière révéleraient nos propres lâchetés, notre misérable tas de secrets, nos manquements à l’élémentaire devoir de justice, notre part du fardeau de bassesse de l’humanité. Celui qui diabolise s’exonère. Ainsi, les grands dénonciateurs de la corruption des «refondateurs» oublient et tentent de faire oublier que la Côte d’Ivoire est actuellement dirigée par tous les courants politiques, que les dix mairies d’Abidjan sont réparties démocratiquement et qu’aucune d’entre elles ne se signale par son exemplarité, que la corruption touche les ministères au même titre, que les hauts fonctionnaires sont de plus en plus voraces, sans distinction aucune. Les logiques de diabolisation, comme le flou artistique dans lequel nage la Côte d’Ivoire depuis cinq ans, mettent à mort l’éthique de la responsabilité, y compris de la responsabilité individuelle. C’est pourtant le sursaut intime de l’âme humaine face à l’innommable qui accouche du progrès.
Ils sont aujourd’hui quelques individus en Côte d’Ivoire, quadragénaires ou quinquagénaires. S’appuyant sur un certain nombre d’organes de presse diffusant leurs articles, ils rêvent visiblement de fonder ce qu’ils appellent le «néo-houphouétisme». Profitant de la période particulière dans laquelle nous vivons – le désir de critique interne est grand, même au sein de la galaxie patriotique, après les grandes mobilisations contre le projet de recolonisation de la Côte d’Ivoire –, ils font feu de tout bois et réussissent à semer le doute parmi les militants du camp opposé. Leurs armes ? L’exploitation du filon de la nostalgie – qui fonctionne d’autant mieux que nos sociétés déboussolées sont en réalité amnésiques – et la technique de la diabolisation à outrance. Réussiront-ils pour autant à renverser l’hégémonie idéologique de la Refondation ? Arriveront-ils à imposer une pensée alternative là où la première génération d’héritiers d’Houphouët-Boigny n’a en réalité jamais cogité, écrit, débattu ? Peut-être.

