rwanda_1008Une fois n’est pas coutume. Un des plus prestigieux newsmagazines américains, « Time » en l’occurrence, consacre plusieurs pages à un pays africain… qui marche bien. Ou plus précisément à un pays africain qui a atteint les profondeurs du malheur et de la barbarie, et qui aujourd’hui pourrait être un des symboles d’une Renaissance du continent. « Time Magazine » consacre un long reportage aux « racines du changement » au Rwanda, pays qui a été le théâtre du seul génocide du XXè siècle en Afrique.

L’article d’Alex Perry commence certes par évoquer les souvenirs monstrueux du génocide. Mais très vite, il raconte avec enthousiasme le chemin parcouru depuis le naufrage de 1994. Il explique comment, grâce à un « process » bien respecté par les agriculteurs et à une usine de décorticage acquise à 120 000 dollars, le café rwandais est devenu un label mondial, mis en valeur et commercialisé notamment par Starbucks. Au Rwanda, le travail paie. Alors qu’il y a peu le kilo de café y était acheté à 25 cents, il rapporte aujourd’hui au moins 1 dollar au paysan lambda. Mais il n’y a pas que le café.

Les autorités rwandaises travaillent à installer l’Internet sans fil dans tout le pays ces dernières années. Une politique environnementale rigoureuse permet au pays de profiter du filon de l’éco-tourisme et de l’image d’Epinal des « gorilles dans la brume ». Les villes rwandaises sont d’une propreté peu commune en Afrique noire, surtout depuis que le gouvernement a interdit les sacs en plastique, qui défigurent les mégapoles du continent. 49% des députés sont des femmes. Le taux de séroprévalence n’est que de 3%.

Le Rwanda, nouveau modèle du développement en Afrique ? Pas si vite ! Le pays de Kagame est le chouchou des Etats-Unis en Afrique noire – il est dénommé « Africa’s America sweetheart » par « Time ». Bien entendu, ça peut aider. Ainsi, Paul Kagame a rencontré récemment les patrons américains que nombre de chefs d’Etat seraient heureux de recevoir, et pas qu’en Afrique. Ceux de Microsoft, Google, eBay, Merrill Lynch, etc… Si l’on veut être un peu provocateur, l’on peut dire que le Rwanda est aux Etats-Unis ce que le Burkina Faso est (ou a été) à

la France.

Une

« vitrine » intéressante. Un pays pauvre, volontariste, qui peut servir de champ d’expérimentation et de validation aux modèles de développement promus depuis Paris ou Washington, qu’ils soient d’inspiration jacobine ou libérale. Mais aussi un pays volontiers expansionniste, qui permet à la puissance protectrice de porter la guerre ou de participer à la paix dans un pays voisin stratégique.

De plus, le Rwanda est un pays admirable, mais il est dirigé par un régime autoritaire – « Time » parle de « benevolent dictator » en évoquant Kagame. Comme beaucoup de pays africains, le Rwanda n’a pas résolu l’équation permettant de prendre le pouvoir sans tuer, de quitter le pouvoir sans mourir, et de négocier pacifiquement les alternances.

Si le Rwanda n’est pas un modèle, il peut être un exemple qui montre une voie à l’Afrique : celle de la « valeur ajoutée ». Le Rwanda ne se contente pas de contempler ses richesses naturelles et de les brader au tout-venant, en organisant un système clientéliste et jouisseur. Il exploite cover_rwandasérieusement ses richesses agricoles, tirant, grâce au travail de son peuple, le maximum de bénéfices de la moindre cerise de café. Le Rwanda investit dans les nouveaux usages et les nouveaux savoirs – les technologies de l’information. Les autorités rwandaises sont conscientes que le seul fait d’organiser l’existant produit ipso facto de la richesse. Le pays des mille collines montre au continent que les richesses naturelles ne sont pas tout.

C’est cette sagesse qui permet au Rwanda d’être cité pour ses réussites treize ans après le génocide, et les « covers » apocalyptiques de magazines étrangers… dont « Time ».

L'intégralité de l'article de "Time" :

http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,1665646,00.html

L'interview de Paul Kagame à "Time" :

http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,1666064,00.html