La semaine qui vient de s'achever a été marquée, en Côte d'Ivoire, par l'affaire Yed Stéphane, du nom d'un jeune homme de moins de 30 ans à la fortune intrigante, au domicile duquel les forces de l'ordre ont retrouvé, au hasard d'un ratissage consécutif à un cambriolage chez Laurent et Sarata Ottro (respectivement PCA de la Société ivoirienne de raffinage et directrice adjointe du cabinet du chef de l'Etat) cinq caisses de faux dollars, une machine à fabriquer des faux billets et de la poudre d'or.

http://news.abidjan.net/article/index.asp?n=267811

L'affaire rappelle furieusement l'épopée des "feymen", majoritairement Camerounais, qui ont commencé à proliférer au milieu des années 90. Spécialisés dans la "multiplication de billets", le plumage de gogos très fortunés comme les chefs d'Etat et diverses arnaques basées sur l'imposture la plus flamboyante, ils ont attiré la curiosité des journalistes et des chercheurs, comme le montrent ces articles du site Backchich et des Editions du CERI :

http://www.bakchich.info/article1088.html

http://www.ceri-sciencespo.com/publica/etude/etude77.pdf

Les spécialistes s'accordent sur une chose : au Cameroun, les feymen ont grandi à l'ombre de puissants protecteurs au coeur du pouvoir, comme le sécurocrate Jean Mfochivé. Et justement, ce qui est troublant dans l'affaire Yed, c'est que le principal mis en cause s'est très vite prévalu de l'amitié de Patrice Baï, responsable de la sécurité privée du numéro un ivoirien. Vrai ou faux ? Manipulation d'un homme aux abois ou révélation d'un "réseau" ? Difficile à dire. Il reste que Le Matin d'Abidjan, journal bleu proche du pouvoir, a accusé clairement Patrice Baï et dénoncé "la mafia autour de Gbagbo". Baï lui-même a indiqué que les informateurs du Matin étaient au Palais présidentiel. Ambiance...

Le président Gbagbo a en tout cas très vite pris la mesure de l'affaire et s'est rendu à la gendarmerie pour indiquer très clairement que si un de ses proches est impliqué dans l'affaire, il doit être mis aux arrêts.

http://fr.allafrica.com/stories/200710080994.html

Et si le numéro un ivoirien était fatigué, à quelques mois des élections, de subir politiquement les dérives de certains de ses proches, qui profitaient de l'état de guerre pour se livrer à toutes sortes d'actions répréhensibles ? En tout cas, il a, dans la semaine qui vient de s'achever, demandé au Procureur de la République d'ouvrir une enquête sur les allégations de malversations dans la filière café-cacao, qui ont pris de la consistance avec les polémiques sur l'usine Nestlé de Fulton, achetée par le FRC. Quand on ajoute à cela la reprise en main des ordures ménagères des mains des collectivités territoriales, on peut espérer que quelque chose soit en train de bouger en Côte d'Ivoire. Du moins, l'on peut se dire que le débat sur la moralisation de la vie publique avance.