Puisque les pays riches ne tiennent leurs promesses faites à Gleneagles en 2005 ni en matière d'aide ni en matière d'annulation de dettes, les pays pauvres se tourneront de plus en plus vers l'argent de la Chine qui inquiète tant les Occidentaux (Le Monde du 17 octobre). Tel est le message un brin provocateur que le groupe des 29 pays les plus endettés a délivré, le 21 octobre à Washington, à l'occasion des assemblées du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale.
minefi_nigerAlors que certains pays du Club de Paris étudient des sanctions à l'égard de la République démocratique du Congo, coupable à leurs yeux d'accepter un prêt chinois de 5 milliards de dollars, au moment où elle demande l'apurement de sa dette extérieure, Ali Mahaman Lamine Zeine, ministre des finances du Niger et président du groupe des 29, a annoncé que son pays négociait, lui aussi, avec la Chine une aide importante. "Même quand un pays n'a plus de dettes, comme le mien, il a encore besoin de beaucoup d'argent pour faire reculer la pauvreté et améliorer le niveau de vie de sa population", a-t-il déclaré. "Nous n'avons pas comme d'autres une peur "bleue" des Chinois avec lesquels nous travaillons de longue date. Je peux même dire que c'est le seul de nos créanciers qui nous a octroyé des prêts à taux zéro."
Ce n'est pas que le Niger dédaigne les fonds du FMI ou de la Banque mondiale, de la France ou des Etats-Unis, mais les institutions internationales prennent tellement de précautions pour octroyer prêts et dons afin d'éviter gaspillages et corruption qu'il faut "au moins deux ans" pour que l'argent arrive sur le terrain et contribue au développement.
La Chine, elle, offre son aide tout de suite et sans conditions. De plus, elle "parle en milliards de dollars, quand les donateurs occidentaux comptent en millions !".
C'est vrai, cet argent facile pourrait pousser à se surendetter les pays qui en ont tant besoin pour s'équiper en puits, en écoles et en routes. "On nous dit "prudence" avec l'endettement, poursuit M. Zeine, mais il n'est pas question pour nous de retomber dans le piège des années 1980 et nous accepterons l'aide chinoise à condition que cet argent contribue à créer chez nous suffisamment de richesse pour que nous puissions le rembourser. D'autre part, cette aide devrait aller directement dans des projets conçus en partenariat et ne transiterait pas par le budget de l'Etat nigérien."
Pour rassurer les bailleurs de fonds internationaux et occidentaux toujours frileux, le ministre nigérien ajoute : "Je ne vois pas où est le problème que nous traitions avec la Chine, puisque la Banque mondiale elle-même est en train de discuter avec Pékin un protocole pour que son aide s'inscrive dans les normes internationales et contribue à la transparence et à la bonne gouvernance dans l'exécution des projets."