global_witness200Chose promise, chose dûe. Je vous livre ma conviction profonde sur la lettre (courageuse au premier abord) de Global Witness à Guillaume Soro. Elle est bienvenue dans le sens où elle émet une vérité pleine de bon sens : Guillaume Soro ne saurait être Premier ministre de la République de Côte d'Ivoire, chef hiérarchique du ministre des Finances et collecter des "taxes" dans les zones pudiquement appelées CNO sans les reverser à son gouvernement.

C'est une vérité pleine de bon sens mais qui a souvent été considérée comme une vérité dérangeante par une bonne partie de la communauté internationale. Cela fait plus de quatre ans que Guillaume Soro et les FN sont au gouvernement. Depuis lors, ils n'ont eu de cesse d'organiser l'exploitation économique privée d'une large partie du territoire ivoirien. Ils l'ont fait au vu et au su de tous, protégés par l'ONUCI et surtout la Force Licorne. Tant que l'existence de la rébellion arrangeait la France officielle, le sujet n'était pas important. Il l'est aujourd'hui, parce que l'ex-colonisateur, ses satellites et ses alliés se sont rendus compte que la partition de la Côte d'Ivoire ne les arrangeait plus, Guillaume Soro et Laurent Gbagbo ayant fait la paix sur le dos des "meilleurs vieux" de l'houphouétisme. Du coup, le FMI dénonce les taxes prélevées par les FN dans "leurs" zones. Dans la foulée, Global Witness se prononce sur le même sujet. On a l'impression que c'est la même "force" qui met des questions à l'agenda, aussi bien dans l'organisation financière internationale qu'au sein de l'ONG - dont on serait heureux de connaître en détail les contributeurs et mécènes. Ceci dit, et insistons là dessus : mieux vaut tard que jamais. La dernière campagne de Global Witness est à saluer. Sa volonté de voir plus de transparence dans le secteur des matières premières dans la partie de la Côte d'Ivoire restée sous le contrôle de l'Etat central aussi. La guerre n'excuse pas tout, et il est scandaleux que de petits malins en tirent profit pour détourner le fruit de la sueur des paysans.

Le dernier rapport de Global Witness sur le cacao ivoirien offre des pistes intéressantes pour tous ceux qui militent pour une plus grande transparence dans le secteur café-cacao. Mais il est profondément irritant quand il met sur le même pied d'égalité un Etat souverain et une rébellion armée téléguidée de l'étranger. Au nom de quoi Global Witness veut criminaliser le soutien du secteur café-cacao à un Etat de Côte d'Ivoire en butte à des mouvements que l'ONG aurait qualifié de "terroristes" s'ils avaient sévi en Occident - 300 morts dès le premier jour, attaque d'édifices publics et de résidences privées à l'arme lourde ? Il est aussi très agaçant de voir que Global Witness relaie la propagande des médias français sur de nombreuses affaires non élucidées, comme l'affaire Kieffer.

Personnellement, je suis flatté que Global Witness reprenne et confirme les informations que j'avais révélées dans l'indifférence générale - même si je pense ne pas avoir encore bien percé les montages bancaires liés aux "fèves du sang" qui ont impliqué le Crédit lyonnais, mais aussi une banque comme Natexis, et un organisme public français d'assurance à l'export. Mais justement, l'ONG n'évoque pas les établissements financiers français qui ont organisé la contrebande du cacao ivoirien vers le Togo en passant par le Burkina Faso - Global Witness tente même de faire croire que ce commerce, qui se caractérise principalement par une fraude fiscale au détriment de la Côte d'Ivoire, n'est pas illégal puisque l'espace UEMOA est un espace de libre circulation...

On a connu l'ONG plus pointilleuse lorsqu'il s'agissait de traquer les trafiquants de diamants agissant en Sierra Leone. Mais il est vrai qu'ils étaient des "indépendants" portant atteinte aux puissants intérêts diamantifères anglo-saxons et sud-africains.

Les Etats, les entreprises et les particuliers en Afrique devraient eux aussi financer les activités de "watching" d'ONG africaines. Elles traqueraient la vérité et la rendraient publique en gardant un regard africain soucieux des intérêts de l'Afrique. Elles ne considéreraient pas les Etats du continent comme des factions non "autorisées" à exercer le monopole de la violence légitime. Comme toutes les ONG occidentales, Global Witness tient au principe de "l'ingérence humanitaire", visage acceptable de la vaste tentative de recolonisation de l'Afrique en cours.