GbagboSoroBk_1_Beaucoup de choses ont  été dites et montrées durant le voyage d'Etat du président ivoirien Laurent Gbagbo dans le Nord de son pays. Sa visite a été très bien couverte par plus d'une centaine de journalistes nationaux et étrangers. Avec le recul, on peut tout de même la commenter, essayer d'en tirer les leçons.

Déjà, il est clair que les personnes vivant dans ce qui est pudiquement appelé les zones CNO (Centre-Nord-Ouest) ont soif de l'Etat, et veulent la fin de la partition. C'est un facteur-clé de "sécurisation" du processus de paix. Et cela veut dire qu'il est plus difficile d'implanter une entreprise rebelle dans un pays où l'Etat ne s'est pas effondré, où il reste le grand dispensateur de l'électricité, de l'eau, de l'école, bref du progrès. En Côte d'Ivoire, les ONG internationales qui se sont portées volontaires pour faire de l'assistante technique pour la rébellion n'ont pas réussi à rivaliser avec l'Etat central en termes d'efficacité, même si cet Etat s'est beaucoup fragilisé depuis au moins vingt-cinq ans.

Assurément, en jouant sur la carte de la "woodicité" et du courage, Gbagbo a réussi le coup de maître d'éventrer le mythe d'un Nord profondément hostile, tout entier subjugué par Alassane Ouattara, le président du RDR. Ce dernier, actuellement à New York où il a accepté une mission pour le FMI, devra relativiser l'impact des foules joyeuses au Nord accueillant "l'ennemi structurant", alors que ces cinq dernières années, Bouaké et Korhogo "répondaient" toujours aux marches patriotiques d'Abidjan par des contre-manifestations. Du coup, la question du "vote nordiste" se pose avec acuité. Il n'y a plus d'évidence !

Plus profondément, il me semble que Gbagbo a dévoilé lors de son voyage au Nord ce qui semble l'axe majeur de sa future campagne électorale. Il est apparu en "tribun indigné" pendant qu'il s'opposait à Houphouët-Boigny et à son mythe. Il s'est posé en "fils du pays ancré dans l'Histoire de sa Nation" en 2000, en opposition à un Guéi novice en politique et à l'ombre d'un Ouattara au parcours sinueux. Désormais, il se veut, après les blessures de la guerre, non pas procureur posant la question de Blé Goudé - "pendant la guerre, où étais-tu et que faisais-tu ?" -, mais "prince magnanime" venant essuyer les larmes de tout son peuple, y compris "les enfants qui savent monter sur la cime des arbres mais ne savent pas descendre". C'est la raison pour laquelle il a rendu visite aux parents d'Alassane Dramane Ouattara, et l'a présenté comme un digne fils du Nord. Durant la campagne électorale, Gbagbo se vendra plus qu'il ne dénigrera ses adversaires. Il prendra de la hauteur.

Comment réagiront ses adversaires ? Maintiendront-ils la ligne dure de l'affrontement verbal sans concession ? Ou se poseront-ils plutôt en hommes d'Etat prêts à gouverner sans haine en cas de victoire ? L'avenir nous le dira.