ananiasUn ami de notre village, Michel Galy, a écrit un article de fond dans Le Monde diplomatique de ce mois de décembre. Il vaut le détour, et mérite d'être lu en entier par ceux qui ont les moyens d'acheter ce mensuel - qui au demeurant n'est pas le plus cher de la presse internationale.

Tout au plus, puis-je vous livrer quelques extraits de son papier titré très sobrement "la Côte d'Ivoire tente la réconciliation nationale". Sur l'OPA opérée par les anciens de la FESCI sur la vie politique nationale, Michel Galy propose une grille explicative que je vous soumets : "Le conflit a souvent été en Afrique une voie royale permettant aux cadets de succéder aux aînés et, pour les marginaux et les rebelles, un moyen de refonder royaumes et Etats. La marginalisation d'une jeunesse de plus en plus nombreuse, exclue de la possession de la terre et des emplois formels, compose le terreau de la rébellion nordiste comme de l'agitation nationaliste dans le Sud. L'exclusion des jeunes diplômés explique notamment les parcours comparables d'un Charles Blé Goudé, chef des "jeunes patriotes" partisans de M. Gbagbo, ou d'un Soro, qui, estime sévèrement un ministre de la mouvance présidentielle, "a eu son premier bulletin de salaire à la Primature. De tels phénomènes se retrouvent ailleurs sur le continent."

Michel Galy se félicite de ce que les schémas ethniques de l'analyse majoritaire en France (contre lesquels il s'est toujours battu) sont aujourd'hui à la peine. "L'analyse classique opposait trois "grands blocs" ethno-régionaux, représentés chacun par un parti et un dirigeant : l'Est akan et les Baoulés par le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) de Houphouët-Boigny et de son successeur autodésigné, M. Henri Konan Bédié ; l'Ouest krou autour du "noyau" bété qui correspondrait au Front populaire ivoirien (FPI) de M. Gbagbo ; enfin les Nordistes "dioulas" qui voteraient pour le RDR de M. Ouattara. Commode dans son simplisme, ce schéma (apprécié par les "penseurs" d'extrême droite) aboutit à des interprétations datant du... XIXè siècle : elles attribuent à chaque "chef politique" son "poids ethnique", au mieux celui de son "bloc régional". Or ce schéma se complexifie. La rébellion s'est autonomisée : M. Soro n'a pas de parti personnel, mais son alliance tactique avec le président peut déplacer nombre de voix nordistes (...) Mais surtout, malgré des identifications ethniques, toujours prégnantes, la géographie du peuplement a changé : plus de 50% de la population ivoirienne se trouve en ville (...) De plus en plus, les appartenances ethniques cèdent devant les identifications de classe ou les adhésions à des leaders charismatiques".

Michel Galy prête à Laurent Gbagbo une stratégie "transcourants" en vue de la prochaine présidentielle - un thème dont nous avons parlé ici après la tournée présidentielle dans le Nord. "Cette situation nouvelle pourrait permettre le succès d'une ligne centriste que souhaite incarner M. Gbagbo, entre le courant "collaborationniste" des "houphouétistes" alignés sur Paris et celui des jusqu'auboutistes représentés par les durs du FPI, paradoxalement en accord avec une ligne rebelle militariste. Face à Gbagbo, l'opposition tente l'alliance de la carpe et du lapin : le rassemblement des "houphouétistes" regroupe le PDCI et le RDR dont les leaders se détestent cordialement - M. Bédié, fondateur de "l'ivoirité", ayant tout fait pour exclure M. Ouattara du jeu politique."

Que pensez-vous de l'analyse de Michel Galy ? Pour aller plus loin ou pour conserver des traces, achetez le "Diplo".

PS : Michel Galy fait l'atalakou de notre ami "le jeune médiologue franco-ivoirien Calixte Tayoro" et de son blog, www.coupercoller.wordpress.com, malheureusement en berne ces derniers temps. Un signe du destin pour se remettre à l'ouvrage ?

Re-PS : L'image est du photographe ivoirien réputé Ananias Léki Dago, et illustre le papier du "Diplo".