07 décembre 2007
Un article intéressant de Michel Galy dans "Le Monde Diplomatique"
Un ami de notre village, Michel Galy, a écrit un article de fond dans Le Monde diplomatique de ce mois de décembre. Il vaut le détour, et mérite d'être lu en entier par ceux qui ont les moyens d'acheter ce mensuel - qui au demeurant n'est pas le plus cher de la presse internationale.
Tout au plus, puis-je vous livrer quelques extraits de son papier titré très sobrement "la Côte d'Ivoire tente la réconciliation nationale". Sur l'OPA opérée par les anciens de la FESCI sur la vie politique nationale, Michel Galy propose une grille explicative que je vous soumets : "Le conflit a souvent été en Afrique une voie royale permettant aux cadets de succéder aux aînés et, pour les marginaux et les rebelles, un moyen de refonder royaumes et Etats. La marginalisation d'une jeunesse de plus en plus nombreuse, exclue de la possession de la terre et des emplois formels, compose le terreau de la rébellion nordiste comme de l'agitation nationaliste dans le Sud. L'exclusion des jeunes diplômés explique notamment les parcours comparables d'un Charles Blé Goudé, chef des "jeunes patriotes" partisans de M. Gbagbo, ou d'un Soro, qui, estime sévèrement un ministre de la mouvance présidentielle, "a eu son premier bulletin de salaire à la Primature. De tels phénomènes se retrouvent ailleurs sur le continent."
Michel Galy se félicite de ce que les schémas ethniques de l'analyse majoritaire en France (contre lesquels il s'est toujours battu) sont aujourd'hui à la peine. "L'analyse classique opposait trois "grands blocs" ethno-régionaux, représentés chacun par un parti et un dirigeant : l'Est akan et les Baoulés par le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) de Houphouët-Boigny et de son successeur autodésigné, M. Henri Konan Bédié ; l'Ouest krou autour du "noyau" bété qui correspondrait au Front populaire ivoirien (FPI) de M. Gbagbo ; enfin les Nordistes "dioulas" qui voteraient pour le RDR de M. Ouattara. Commode dans son simplisme, ce schéma (apprécié par les "penseurs" d'extrême droite) aboutit à des interprétations datant du... XIXè siècle : elles attribuent à chaque "chef politique" son "poids ethnique", au mieux celui de son "bloc régional". Or ce schéma se complexifie. La rébellion s'est autonomisée : M. Soro n'a pas de parti personnel, mais son alliance tactique avec le président peut déplacer nombre de voix nordistes (...) Mais surtout, malgré des identifications ethniques, toujours prégnantes, la géographie du peuplement a changé : plus de 50% de la population ivoirienne se trouve en ville (...) De plus en plus, les appartenances ethniques cèdent devant les identifications de classe ou les adhésions à des leaders charismatiques".
Michel Galy prête à Laurent Gbagbo une stratégie "transcourants" en vue de la prochaine présidentielle - un thème dont nous avons parlé ici après la tournée présidentielle dans le Nord. "Cette situation nouvelle pourrait permettre le succès d'une ligne centriste que souhaite incarner M. Gbagbo, entre le courant "collaborationniste" des "houphouétistes" alignés sur Paris et celui des jusqu'auboutistes représentés par les durs du FPI, paradoxalement en accord avec une ligne rebelle militariste. Face à Gbagbo, l'opposition tente l'alliance de la carpe et du lapin : le rassemblement des "houphouétistes" regroupe le PDCI et le RDR dont les leaders se détestent cordialement - M. Bédié, fondateur de "l'ivoirité", ayant tout fait pour exclure M. Ouattara du jeu politique."
Que pensez-vous de l'analyse de Michel Galy ? Pour aller plus loin ou pour conserver des traces, achetez le "Diplo".
PS : Michel Galy fait l'atalakou de notre ami "le jeune médiologue franco-ivoirien Calixte Tayoro" et de son blog, www.coupercoller.wordpress.com, malheureusement en berne ces derniers temps. Un signe du destin pour se remettre à l'ouvrage ?
Re-PS : L'image est du photographe ivoirien réputé Ananias Léki Dago, et illustre le papier du "Diplo".
06 décembre 2007
Un de nos villageois superstar sur Rue 89
Le blog de Delugio a été cité par la "revue de blogs et de presse" de Rue 89, le site d'information en continu qui a le vent en poupe. Son billet mis en évidence par Rue 89 concerne la visite de Nicolas Sarkozy en Algérie et de sa posture "antirepentante".
http://www.rue89.com/2007/12/06/algerie-sarkozy-menage-tout-le-monde-et-ne-convainc-personne
http://delugio.blogs.nouvelobs.com/archive/2007/12/06/l-antirepentance-piegee.html
05 décembre 2007
Jacques Chirac, un petit président très vite oublié ?
En tout cas, les Français ne sont plus très intéressés par la lecture des ouvrages du cinquième président de la Cinquième
République, qui sont envoyés pour la plupart au pilon, selon le site du magazine spécialisé Lire, qui écrit :
"L'ancien président de la République connaît l'un des crashs éditoriaux les plus retentissants de ces dernières années : ses deux recueils de textes sortis en mars, Mon combat pour la France et Mon combat pour la paix, tirés chacun à 100 000 exemplaires, ont trouvé moins de... 5 000 acheteurs par titre ! Du coup, le taux d'invendus retournés à l'éditeur, Odile Jacob, dépasse les 90 %."
Yako !
Pourquoi je ne bois plus mon Kfé Facile
C'est une confidence qui vaut ce qu'elle vaut. Je suis un peu caféinomane. Et j'étais, jusqu'à une date récente, habitué à boire le matin le Kfé facile, un nouveau produit qui ma foi me convenait. Un jour, mon épouse m'a dit que la marque avait disparu. Je suis retourné au Nescafé que je ne déteste pas non plus. Puis j'ai appris en lisant la presse que la marque qui fabrique le "Kfé facile" s'appelait Niscafé et avait été traînée devant les tribunaux par Nestlé parce que Niscafé et Nescafé se ressemblent trop. Je me suis dit : "eux aussi, ils aiment palabre dê !"
Sauf que je ne savais pas que Nestlé avait "ordonné" à mon supermarché et à tous les distributeurs ivoiriens, d'arrêter de vendre le Kfé facile, avant toute décision de justice, et qu'ils s'étaient tous exécutés. Du coup, l'affaire Nescafé/Niscafé ne me semble plus ordinaire, mais apparaît comme une manifestation de plus des tendances monopolistiques brutales des grandes compagnies multinationales installées de longue date en Côte d'Ivoire. Qui a dit que la culture du parti unique ne relevait que de la sphère politique ? Les consommateurs de Côte d'Ivoire devraient se battre pour la libre concurrence, qui leur permet de jouir de prix acceptables dans le secteur de la téléphonie mobile, même s'ils peuvent encore être baissés.
Pour en savoir plus : http://www.linter-ci.com/article.php3?id_article=5588
Antipatriotisme à l'ivoirienne !
Curieux tout de même ! Alors que les chefs d'Etat, les leaders d'opinion et les intellectuels des pays membres de l'UEMOA semblent avoir adopté une attitude conciliante vis-à-vis de la Côte d'Ivoire et ont visiblement renoncé à profiter de la crise qu'elle traverse pour remettre en question la tradition voulant que le pays d'Houphouët-Boigny désigne le gouverneur de la BCEAO, une campagne de plus en plus virulente s'est déclenchée, à Abidjan même. Son objectif ? Empêcher Paul-Antoine Bohoun Bouabré, ex-grand argentier du pays et ministre d'Etat, ministre du Développement, de devenir gouverneur... parce qu'il est FPI !
Un des meneurs de cette campagne qui illustre bien une étrange forme d'"antipatriotisme à l'ivoirienne" est... Venance Konan. Il vient de publier dans plusieurs journaux un article qui dénigre Bouabré et fait la promotion d'un autre Ivoirien, en la personne de Théophile Ahoua N'doli, ancien ministre PDCI, dont le profil plairait plus - selon ses "informations" - aux autres pays membres de l'UEMOA. Pourquoi Venance Konan fait-il chorus avec ceux (s'ils existent) qui ne veulent d'un Ivoirien à la tête de la Banque que s'ils l'ont choisi à la place du président de la République de Côte d'Ivoire ? Pourquoi n'a-t-on pas entendu les démocrates aux Etats-Unis intriguer pour empêcher la nomination de Robert Zoellick à la tête de la Banque mondiale ? Pourquoi n'a-t-on pas entendu des voix en France s'élever contre le choix du "petit prof de fac socialiste" Dominique Strauss-Kahn à la tête du Fonds monétaire international ? Si après plus de cinq années d'un conflit tirant sa force de l'assujettissement d'une bonne partie de l'élite politique ivoirienne à des agendas extérieurs, on peut continuer, en Côte d'Ivoire, à mener sans vergogne ce type de campagne, c'est qu'il y a lieu de s'inquiéter pour ce pays. Les leçons du passé n'auraient-elles pas été tirées ?
Venance Konan n'hésite pas à faire dans la caricature aveugle, voire le révisionnisme. "Notre chef l'a dit, lors de sa
dernière entrevue télévisée avec les journalistes. Il a choisi Bohoun Bouabré parce qu'il est proche de lui. Les autres sont certes Ivoiriens mais ils ont le défaut de ne pas être proches du chef de l'Etat. Et quiconque n'est pas proche du grand chef n'a pas le droit de servir la Côte d'Ivoire au plus niveau à l'extérieur", écrit Venance Konan. N'est-ce pas ce même grand chef qui a mené campagne pour qu'Amara Essy, ancien chef de la diplomatie ivoirienne et membre éminent du PDCI, soit président de la Commission de l'Union africaine ? L'Histoire est têtue : Laurent Gbagbo est le chef d'Etat ivoirien qui a le plus partagé le pouvoir et valorisé des cadres non issus de sa famille politique. Son oecuménisme politique est rare en Afrique, et il suffit d'observer les moeurs de nombreux chefs d'Etat du continent pour le démontrer scientifiquement.
Le problème, c'est en réalité le sectarisme politique d'hier et d'aujourd'hui de gens comme Venance Konan persuadés qu'il y a des êtres humains nés pour gouverner et d'autres êtres humains nés pour être gouvernés. Les amis européens de notre confrère oublient souvent qu'il a été un des propagateurs les plus perfides de l'ivoirité la plus dévoyée. Paul-Antoine Bohoun Bouabré devrait se sentir honoré de ne pas avoir son soutien.
L'intégralité de l'article de Venance Konan :
http://www.lenouveaureveil.com/a.asp?n=273687&p=1787
04 décembre 2007
Y a-t-il des "atrocités de la paix" ?
Edgar Yapo n'est pas loin de le penser, même s'il reste philosophe et préfère la paix avec atrocités à la guerre avec atrocités.
http://wwwleblogdedgaryapo.blogspot.com/2007/11/accord-de-ouagadougou-l-o-fait-mal.html
Pourquoi la circoncision diminue les risques d'avoir le sida
Pour le savoir, lisons cet article de Rue 89, qui met en garde contre les dérives (être circoncis ne dispense pas de se préserver comme tout le monde) mais qui nous en apprend plus. Plus intéressant, il semble que la prise d'antirétroviraux après un rapport à risque (du genre viol ou accident de préservatif) diminue également les risques de contamination. Si c'est vrai, je me demande pourquoi on en parle si peu en Afrique, où les rapports non consentants existent, et où les femmes ont le droit d'être protégées des conséquences de la frivolité et souvent de la violence des hommes.
http://www.rue89.com/2007/12/01/sida-circoncire-nest-pas-prevenir
Gbagbo dans le Nord : leçons d'un voyage
Beaucoup de choses ont été dites et montrées durant le voyage d'Etat du président ivoirien Laurent Gbagbo dans le Nord de son pays. Sa visite a été très bien couverte par plus d'une centaine de journalistes nationaux et étrangers. Avec le recul, on peut tout de même la commenter, essayer d'en tirer les leçons.
Déjà, il est clair que les personnes vivant dans ce qui est pudiquement appelé les zones CNO (Centre-Nord-Ouest) ont soif de l'Etat, et veulent la fin de la partition. C'est un facteur-clé de "sécurisation" du processus de paix. Et cela veut dire qu'il est plus difficile d'implanter une entreprise rebelle dans un pays où l'Etat ne s'est pas effondré, où il reste le grand dispensateur de l'électricité, de l'eau, de l'école, bref du progrès. En Côte d'Ivoire, les ONG internationales qui se sont portées volontaires pour faire de l'assistante technique pour la rébellion n'ont pas réussi à rivaliser avec l'Etat central en termes d'efficacité, même si cet Etat s'est beaucoup fragilisé depuis au moins vingt-cinq ans.
Assurément, en jouant sur la carte de la "woodicité" et du courage, Gbagbo a réussi le coup de maître d'éventrer le mythe d'un Nord profondément hostile, tout entier subjugué par Alassane Ouattara, le président du RDR. Ce dernier, actuellement à New York où il a accepté une mission pour le FMI, devra relativiser l'impact des foules joyeuses au Nord accueillant "l'ennemi structurant", alors que ces cinq dernières années, Bouaké et Korhogo "répondaient" toujours aux marches patriotiques d'Abidjan par des contre-manifestations. Du coup, la question du "vote nordiste" se pose avec acuité. Il n'y a plus d'évidence !
Plus profondément, il me semble que Gbagbo a dévoilé lors de son voyage au Nord ce qui semble l'axe majeur de sa future campagne électorale. Il est apparu en "tribun indigné" pendant qu'il s'opposait à Houphouët-Boigny et à son mythe. Il s'est posé en "fils du pays ancré dans l'Histoire de sa Nation" en 2000, en opposition à un Guéi novice en politique et à l'ombre d'un Ouattara au parcours sinueux. Désormais, il se veut, après les blessures de la guerre, non pas procureur posant la question de Blé Goudé - "pendant la guerre, où étais-tu et que faisais-tu ?" -, mais "prince magnanime" venant essuyer les larmes de tout son peuple, y compris "les enfants qui savent monter sur la cime des arbres mais ne savent pas descendre". C'est la raison pour laquelle il a rendu visite aux parents d'Alassane Dramane Ouattara, et l'a présenté comme un digne fils du Nord. Durant la campagne électorale, Gbagbo se vendra plus qu'il ne dénigrera ses adversaires. Il prendra de la hauteur.
Comment réagiront ses adversaires ? Maintiendront-ils la ligne dure de l'affrontement verbal sans concession ? Ou se poseront-ils plutôt en hommes d'Etat prêts à gouverner sans haine en cas de victoire ? L'avenir nous le dira.
30 novembre 2007
Les accords complémentaires de Ouaga
Ils sont disponibles sur le blog d'Israël Yoroba :
www.yoroba.afrikblog.com
Gbich, toujours l'image et la formule qui "tuent" !
Sans commentaire !

