22 novembre 2007
Envoi gratuit de SMS : un site bientôt dans le Top 100 de la Côte d'Ivoire ?
Par l'intermédiaire d'un de mes beaux-frères, j'ai découvert un site à partir duquel on peut envoyer gratuitement des SMS dans le monde entier à une série de personnes. Il suffit de s'inscrire (gratuitement) et de lister un certain nombre de numéros auxquels on souhaite envoyer des SMS. Le service peut être amélioré et il est franchement plus facile d'envoyer des SMS (payants) via son bon vieux téléphone portable et sa bonne vieille puce d'un opérateur classique de téléphonie mobile. Mais bon... "Ivoirien aime trop cadeau".
Si vous aimez vraiment cadeau, allez donc sur www.3jam.com.
21 novembre 2007
Un lien intéressant...
Abidjan, l'ex-perle des lagunes ternie par la pollution de ses eaux... http://www.rtlinfo.be/news/article/59884/--Abidjan%2C+lex-perle+des+lagunes%2C+ternie+par+la+forte+pollution+de+ses+eaux
A propos de Global Witness, de sa lettre à Soro et de son dernier rapport
Chose promise, chose dûe. Je vous livre ma conviction profonde sur la lettre (courageuse au premier abord) de Global Witness à Guillaume Soro. Elle est bienvenue dans le sens où elle émet une vérité pleine de bon sens : Guillaume Soro ne saurait être Premier ministre de la République de Côte d'Ivoire, chef hiérarchique du ministre des Finances et collecter des "taxes" dans les zones pudiquement appelées CNO sans les reverser à son gouvernement.
C'est une vérité pleine de bon sens mais qui a souvent été considérée comme une vérité dérangeante par une bonne partie de la communauté internationale. Cela fait plus de quatre ans que Guillaume Soro et les FN sont au gouvernement. Depuis lors, ils n'ont eu de cesse d'organiser l'exploitation économique privée d'une large partie du territoire ivoirien. Ils l'ont fait au vu et au su de tous, protégés par l'ONUCI et surtout la Force Licorne. Tant que l'existence de la rébellion arrangeait la France officielle, le sujet n'était pas important. Il l'est aujourd'hui, parce que l'ex-colonisateur, ses satellites et ses alliés se sont rendus compte que la partition de la Côte d'Ivoire ne les arrangeait plus, Guillaume Soro et Laurent Gbagbo ayant fait la paix sur le dos des "meilleurs vieux" de l'houphouétisme. Du coup, le FMI dénonce les taxes prélevées par les FN dans "leurs" zones. Dans la foulée, Global Witness se prononce sur le même sujet. On a l'impression que c'est la même "force" qui met des questions à l'agenda, aussi bien dans l'organisation financière internationale qu'au sein de l'ONG - dont on serait heureux de connaître en détail les contributeurs et mécènes. Ceci dit, et insistons là dessus : mieux vaut tard que jamais. La dernière campagne de Global Witness est à saluer. Sa volonté de voir plus de transparence dans le secteur des matières premières dans la partie de la Côte d'Ivoire restée sous le contrôle de l'Etat central aussi. La guerre n'excuse pas tout, et il est scandaleux que de petits malins en tirent profit pour détourner le fruit de la sueur des paysans.
Le dernier rapport de Global Witness sur le cacao ivoirien offre des pistes intéressantes pour tous ceux qui militent pour une plus grande transparence dans le secteur café-cacao. Mais il est profondément irritant quand il met sur le même pied d'égalité un Etat souverain et une rébellion armée téléguidée de l'étranger. Au nom de quoi Global Witness veut criminaliser le soutien du secteur café-cacao à un Etat de Côte d'Ivoire en butte à des mouvements que l'ONG aurait qualifié de "terroristes" s'ils avaient sévi en Occident - 300 morts dès le premier jour, attaque d'édifices publics et de résidences privées à l'arme lourde ? Il est aussi très agaçant de voir que Global Witness relaie la propagande des médias français sur de nombreuses affaires non élucidées, comme l'affaire Kieffer.
Personnellement, je suis flatté que Global Witness reprenne et confirme les informations que j'avais révélées dans l'indifférence générale - même si je pense ne pas avoir encore bien percé les montages bancaires liés aux "fèves du sang" qui ont impliqué le Crédit lyonnais, mais aussi une banque comme Natexis, et un organisme public français d'assurance à l'export. Mais justement, l'ONG n'évoque pas les établissements financiers français qui ont organisé la contrebande du cacao ivoirien vers le Togo en passant par le Burkina Faso - Global Witness tente même de faire croire que ce commerce, qui se caractérise principalement par une fraude fiscale au détriment de la Côte d'Ivoire, n'est pas illégal puisque l'espace UEMOA est un espace de libre circulation...
On a connu l'ONG plus pointilleuse lorsqu'il s'agissait de traquer les trafiquants de diamants agissant en Sierra Leone. Mais il est vrai qu'ils étaient des "indépendants" portant atteinte aux puissants intérêts diamantifères anglo-saxons et sud-africains.
Les Etats, les entreprises et les particuliers en Afrique devraient eux aussi financer les activités de "watching" d'ONG africaines. Elles traqueraient la vérité et la rendraient publique en gardant un regard africain soucieux des intérêts de l'Afrique. Elles ne considéreraient pas les Etats du continent comme des factions non "autorisées" à exercer le monopole de la violence légitime. Comme toutes les ONG occidentales, Global Witness tient au principe de "l'ingérence humanitaire", visage acceptable de la vaste tentative de recolonisation de l'Afrique en cours.
Jacques Chirac mis en examen pour "détournement de fonds"...
... dans le cadre des emplois fictifs de la mairie de Paris. Il n'est pas interdit de ressentir une petite joie mauvaise...
http://www.rue89.com/2007/11/21/emplois-fictifs-de-la-mairie-de-paris-chirac-en-examen
20 novembre 2007
Lettre ouverte au Premier Ministre de la République de Côte d’Ivoire, Monsieur Guillaume Soro
J'ai reçu ce document par mail. Il m'a été envoyé par Maria Lopez, une chercheuse de Global Witness qui m'avait interviewée suite à mes enquêtes sur les "fèves du sang" exploitées par la rébellion. Je vous dirai ce que j'en pense demain.
Monsieur le Premier Ministre,
Global Witness vous adresse cette lettre en votre qualité de Premier Ministre et Secrétaire Général
des Forces Nouvelles (FN). Global Witness est une organisation non-gouvernementale britannique qui enquête sur le rôle des ressources naturelles dans le financement du conflit et de la corruption à travers le monde. Global Witness s’inquiète que des taxes sur le cacao et autres produits continuent d’être prélevées dans la zone des FN, créant des tensions donnant lieu à des violations des droits humains et ce, en dépit de l’Accord Politique de Ouagadougou de mars 2007.
Ainsi, selon un rapport de l’ONUCI, le 21 octobre 2007, une personne a été tuée et plusieurs personnes blessées lorsque des soldats des FN ont tiré sur la foule à Bouna, dans le nord-est de la Côte d’Ivoire. La foule protestait alors contre ces mêmes soldats qui tentaient de les extorquer. Il semblerait que, suite à cet affrontement, une réunion ait été organisée entre votre Chef de Cabinet et la population et, qu’à cette occasion, le Chef de Cabinet ait refusé que les taxes soient abolies.
Global Witness s’inquiète du fait que, alors qu’un accord politique a été signé à Ouagadougou en mars 2007, que la zone de confiance a été démantelée, et que l’administration nationale est en passe d’être redéployée sur l’ensemble du territoire ivoirien, les FN continuent de maintenir des barrages routiers, de percevoir des taxes, et à cette occasion, commettent fréquemment des abus des droits humains. Nous rappelons en effet que, selon l’accord politique de Ouagadougou, les parties se sont engagées à « garantir la libre circulation des personnes et des biens sur toute l’étendue du territoire national » et à « renforcer l’éthique et la moralité républicaines au sein de leurs forces respectives, dans le respect de la dignité et des droits fondamentaux de la personne humaine ».
En juin 2007, Global Witness a publié un rapport "Chocolat chaud : comment le cacao a alimenté le conflit en Côte d’Ivoire", qui dénonçait notamment la stratégie employée par les Forces Nouvelles pour se procurer environ 30 millions de dollars par an en taxant le cacao transitant par le nord. Le rapport dénonçait également la tendance du secteur du cacao ivoirien à la mauvaise gestion des revenues, à l’opacité des comptes et à la corruption.
À cette occasion, nous avons recommandé aux FN de divulguer les recettes générées par les taxes sur le cacao et sur d’autres produits dans toute la zone FN et de publier des informations sur la façon dont cet argent a été utilisé jusqu'à présent. À ce jour, nous n’avons pas reçu de réponse des FN concernant notre rapport, et nos recommandations n’ont malheureusement pas été prises en compte.
Le système parallèle de taxes institué par les FN n’est en aucun cas légitime et ne fait que favoriser la corruption. Bien plus, ces taxes créent des tensions sérieuses et mécontentent fortement les populations. Dans le cas de Bouna, elles ont contribué à la mort d’une personne.
Nous vous exhortons à mettre fin non seulement aux taxes sur le cacao, mais à toutes les taxes perçues par les FN dans cette zone et à reverser l’entièreté des taxes collectées à ce jour à l’Etat. Nous demandons également que le calendrier de l’enquête ouverte sur les événements de Bouna et ses conclusions soient largement diffusés et que cette enquête soit indépendante, impartiale et exhaustive.
Finalement, nous avons adressé une lettre ouverte au Président Laurent Gbagbo le 16 octobre 2007, demandant que, dans le cadre de l’enquête menée par le Procureur de la République sur les structures de la filière café cacao, l’État publie certaines informations qui sont déjà à sa disposition, notamment parce qu’un commissaire du Gouvernement siège dans les conseils d'administration du Fonds de Régulation et de Contrôle du Café et Cacao (FRC) et de la Bourse du Café et Cacao (BCC), et parce que les prélèvements FDPCC-Investissement, Fonds d’Investissement en Milieu Rural (FIMR), Sacherie et Réserve de Prudence sont versés sur des comptes à double-signature des ministres des Finances et de l’Agriculture. Nous vous demandons donc d’apporter votre soutien à cette enquête et de publier ces informations, afin de permettre la transparence totale et immédiate dans la filière.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’assurance de ma très haute considération.
Gavin Hayman
Directeur de campagne
Global Witness
Le rapport complet de Global Witness sur le cacao ivoirien : http://www.reliefweb.int/rw/RWFiles2007.nsf/FilesByRWDocUnidFilename/DHRV-73Y72Q-Rapport_Complet.pdf/$File/Rapport_Complet.pdf
19 novembre 2007
Abidjan, perle des ordures ?
Les Abidjanais ont-ils mal à leur cadre de vie ? Oui, si l'on en croit un sondage réalisé par Axes Marketing à l'occasion du salon de l'architecture et du bâtiment (Archibat 2007). En effet, 97% d'entre eux estiment que leur ville "est très sale". Ils sont 91% à penser que les "prix de loyers et de vente des logements sont très élevés", que "les bâtiments ne sont pas entretenus", que "l'insécurité règne", qu'il y a "trop nuisances sonores" et qu'Abidjan est "surpeuplée". Une quasi-unanimité en forme de désaveu pour toutes les administrations, décentralisées ou non, chargées de veiller sur la salubrité de la principale métropole ivoirienne.
Mais ce "consensus" est-il sincère ? Il aurait été intéressant que les personnes faisant partie du panel d'Axes Marketing passent à table et disent à quelle fréquence elles "balancent" leurs détritus dans la rue, de leur voiture ou quand elles sont à pied. Il serait intéressant qu'elles disent si elles sont des consommatrices régulières de "Tampico" et autres produits "écolocatastrophiques". Il faudrait qu'elles évoquent leurs propres façades, qu'elles habitent dans des villas individuelles ou dans des appartements au sein de grands immeubles.
Si Abidjan est sale, peut-être est-ce parce que les Abidjanais sont sales. Petite anecdote : je suis dans un immeuble de quatre niveaux. Depuis plusieurs semaines, un des propriétaires reconstruit presque entièrement son appartement situé au premier étage. Le sable, le ciment, les graviers, la poussière salissent les escaliers. Quand ils finissent leur travail, les ouvriers se lavent et se font beaux, mais laissent les parties communes dans un état détestable. Quand je le leur ai fait remarquer, ils m'ont dit qu'ils étaient des "êtres humains", contrairement aux escaliers ! Voilà notre manière bien particulière de dissocier notre corps de notre environnement, surtout quand cet environnement relève d'une responsabilité collective ! Elle est, en grande partie, responsable de la transformation de la perle des lagunes en perle des ordures !
Les exemples de délinquance environnementale sont légion dans mon quartier. Régulièrement, des gardiens d'immeuble brûlent soit les feuilles des arbres qu'ils ont abattus, soit l'empilement de sacs en plastique que nous jetons partout avec désinvolture. Moi qui ai des asthmatiques dans ma famille, je ne vous raconte pas les débuts de crise et les départs en catastrophe à l'hôtel pour ne pas se contaminer davantage. Je vous épargne mes plaidoyers tombant dans le vide sur les fumées de déchets domestiques et industriels qui sont eux aussi, comme les boues de Trafigura et du Probo Koala, des déchets toxiques ! Tout le monde s'en f.... !
Il y a quelques mois, je suis allé à la police me plaindre des "feux de brousse urbains" dans mon quartier, après avoir été insulté par un de leurs initiateurs. Je suis allé dans deux commissariats, et les policiers m'ont pris pour un doux dingue et m'ont demandé de m'entendre avec mes voisins.
Il est bon de signaler que je vis dans la commune de Cocody, considérée comme celle où l'on vit le mieux par 66% d'Abidjanais, devant Yopougon (14%), Marcory (6%), Plateau (4%), Treichville (2%), Port-Bouët (2%), Koumassi (2%), Attécoubé (2%), Adjamé (1%) et Abobo (0%).
Puisqu'il faut être constructif, je ne saurais terminer ce petit billet coup de gueule sans faire une proposition : le gouvernement (ou le Parlement) devrait faire voter une loi régissant le secteur de la copropriété, c'est-à-dire les espaces partagés au sein des immeubles et des quartiers. Les syndics de copropriété devraient voir leurs prérogatives et leurs devoirs renforcés pour que l'impunité environnementale cesse. Qu'en pensez-vous ?
PS : L'image est de de Djé, du blog http://y-voir-plus.blogspot.com/.
18 novembre 2007
Notre mémoire restituée !
En ce mois anniversaire de novembre 2007, c'est un signe réconfortant. Le maire de la commune de Cocody, où se trouve l'hôtel Ivoire, théâtre de la fusillade meurtrière des militaires français de la Force Licorne, a enfin matérialisé la décision du président Gbagbo de baptiser une avenue continguë à cet hôtel du nom de Jean-Louis Coulibaly Kouassi, ce jeune patriote décapité par les snipers aux ordres de Jacques Chirac et dont l'image de la tête explosée a fait le tour du monde. Il fallait le faire, et cela a été fait, après les pressions d'un certain nombre de leaders d'opinion parmi lesquels je suis fier d'être compté. Relisons en cette occasion cette petite note publiée le 8 décembre 2006 et intitulée "Les larmes de Suzanne" - Suzanne est le prénom de la mère de Jean-Louis Coulibaly, qui s'est courageusement battue pour que le nom de son fils unique froidement assassiné ne passe pas par pertes et profits.
"Un après-midi, elle est arrivée dans mon bureau. La tête couverte d’un fichu noir, le corps revêtu d’un ensemble pagne bleu. Elle est venue de Yopougon me raconter son histoire.
Son nom ? Suzanne Ahou. Elle est une de ces anonymes sur qui la grande Histoire marche, sans qui elle n’aurait pas pu advenir, mais qu’elle a toujours la tentation de renvoyer au second plan. Suzanne est la mère de Jean-Louis Coulibaly Kouassi, le jeune patriote décapité par l’armée française devant l’Hôtel Ivoire le 9 novembre 2004. La Côte d’Ivoire se souvient de ce jeune corps défiguré par les FAMAS de Licorne. La Côte d’Ivoire a vu cette mère traumatisée – elle n’avait qu’un fils, et il lui a été arraché par l’armée française – tomber dans les bras du président Gbagbo lors du dernier sommet des jeunesses africaines organisé par le COJEP, et pleurer toutes les larmes de son corps. Dans plusieurs pays du monde, on l’a vue raconter son histoire d’une tristesse insondable dans le documentaire «La victoire aux mains nues».
Avons-nous le droit de zapper ? Non. Suzanne est venue dans mon bureau et je dois vous dire ce qu’elle m’a dit. Elle m’a dit qu’elle n’a pas cessé de pleurer depuis les commémorations du mois de novembre dernier. Pourquoi ? «Aucun grand type n’était là ! C’est comme si deux ans après sa mort, on avait déjà commencé à oublier mon enfant». Or, insiste-t-elle, elle n’avait qu’un enfant…
Suzanne reste encore en vie parce qu’elle veut perpétuer la mémoire de Jean-Louis. C’était un artiste, il travaillait le bois pour faire des beaux objets décoratifs. Elle souhaite que ses amis, ceux qui travaillaient avec lui, puissent mettre en place une structure d’accueil et de formation qui porterait son nom. Elle veut que le monde se souvienne que son enfant n’était pas, n’en déplaise à Alliot-Marie, un «désoeuvré»…
Suzanne garde avec elle une copie du discours du président Gbagbo, en novembre 2005, dans lequel il annonçait solennellement que la rue allant de Blockhauss à l’Hôtel Ivoire serait baptisée «rue Jean-Louis Coulibaly Kouassi». Elle a écrit au maire de Cocody, Jean-Baptiste Gomont Diagou, pour savoir quand et comment serait mis en œuvre cet engagement du numéro un ivoirien, du chef de la Résistance.
Elle en est déçue, amère, contrariée, mais le maire n’a pas encore eu le temps (ou la volonté) de lui répondre.
Et pourtant elle rêve, Suzanne ! D’une belle cérémonie, toute officielle, et d’un baptême éclatant. Elle rêve d’une plaque qui perpétuera le souvenir de son fils unique. Car elle ne peut pas croire qu’il soit mort pour rien. Elle ne veut pas croire que lui, dont le trépas a permis de déchirer le voile noir du mensonge licornien, n’ait pas de rue en son nom, alors que «des gens qui n’ont rien fait pour la Côte d’Ivoire» y ont droit, eux. «Si je meurs et que j’arrive au Ciel, il faut que je dise à mon fils que sur terre, dans son pays, on ne l’a pas oublié. Je suis malade, je suis fatiguée, on ne sait jamais !». Très souvent, Suzanne est au bord du précipice. Son âme flirte souvent avec les gouffres les plus sombres.
Qui la consolera ?"
Le maire de Cocody n'a pas fait qu'immortaliser Jean-Louis Coulibaly. Il a aussi baptisé la rue où des assaillants ont, dans
la nuit du 18 au 19 septembre, assassiné le grand arrangeur Marcellin Yacé. Elle porte désormais le nom de l'illustre disparu. C'est une autre bonne chose, qui donne raison à tous ceux qui pensent que la réconciliation ne doit pas se faire sur le dos de la mémoire. Cela me rappelle aussi le premier article que j'ai fait dans Le Monde après l'attaque du 19 septembre et qui tournait justement autour de Yacé. Il avait déjà été un peu flingué par ma hiérarchie, notamment en sa dernière phrase, qui n'est pas de moi et qui d'ailleurs semble me reprocher d'avoir choisi cet angle infirmant la fameuse thèse du "ni putsch ni mutinerie". L'article est intitulé "La mort, au bout du portable, du chanteur Marcellin Yacé".
"Les mélomanes ivoiriens ont l'oreille reconnaissante : ils pleurent Marcellin Yacé, célèbre chef d'orchestre et chanteur d'Abidjan, « arrangeur » d'une multitude de tubes locaux sur lesquels ils aiment tant danser, et victime innocente du coup d'Etat manqué du 19 septembre. « Parmi tous ces décès, c'est celui qui me fait le plus mal », confie Basile, atterré.
En cette matinée de vendredi, à la cité des arts de Cocody, un quartier résidentiel d'Abidjan, l'attroupement s'est formé autour du carrefour où il est mort, jeudi à l'aube. Une sorte de pèlerinage, effectué par ceux qui aimaient ses sons et son sourire, et commencé dès que la circulation est redevenue possible dans une capitale économique désormais entièrement maîtrisée par les forces loyales au président Laurent Gbagbo.
La voix cassée, son oncle Guy raconte. « A quatre heures du matin, son épouse, qui lui avait demandé de rentrer à la maison, a appelé sur son téléphone portable. Quand il lui a dit où il était, elle lui a demandé s'il n'y entendait pas les tirs. Il s'est vite retrouvé devant les assaillants. Il lui a donc répondu qu'ils étaient devant lui. Puis elle a entendu de très forts bruits, des coups de feu. Puis, plus rien du tout... »
Les habitants du quartier, celui de l'enfance de Marcellin, où se trouve sa « cour familiale » et où il possède un studio d'enregistrement, sont en deuil. « Il est sorti de sa voiture en se traînant, gémissant, jusqu'à six heures. Il a frappé à plusieurs portes, toutes verrouillées. On ne savait pas que c'était lui ! »
La cité des arts est l'un des quartiers d'Abidjan où les combats entre assaillants et forces loyales au gouvernement, stationnées dans un camp proche de la gendarmerie, ont été les plus violents : des amulettes et des gris-gris jetés par terre, ainsi que des grosses flaques de sang, sur le sol et sur les murs, en témoignent. Des impacts de balles défigurent un centre commercial. Dans la courte rue allant du camp de gendarmerie à l'école des arts, treize cadavres ont été dénombrés. Deux palmiers situés devant une résidence, où les mutins auraient tenté de se retrancher, ont été effeuillés par le feu nourri. Pas très loin, un petit entrepôt de bois, ouvert - et vidé - a été criblé de balles. « C'était le lieu de repli des assaillants, qui étaient tous en civil. Ils ont tué le gardien qui, toute la nuit, n'avait cessé de pleurer et de supplier », raconte Marie, une jeune femme du quartier.
Les amis de Marcellin ne veulent pas croire qu'on ait voulu lui faire du mal volontairement, lui qui faisait danser tout le monde, toutes tendances politiques et ethniques confondues. « Peut-être qu'ils ne l'ont pas reconnu. Peut-être qu'ils n'étaient pas Ivoiriens... Ils parlaient à peine français », conclut, un peu rapidement, Marie. Un riverain raconte comment les mutins sont arrivés, avant le petit matin. « Ils étaient plusieurs dizaines, ils sont venus à bord de gbaka », des minibus de transport collectif.
Mais on revient vite au triste destin de Marcellin, le « martyr ». La colère se dessine sur les visages, sans qu'on sache sur quoi elle peut déboucher. « Pourquoi lui ? », n'arrête-t-on pas de répéter. Pourquoi les autres ?"
Le maire de Cocody a aussi pensé à des artistes comme Alpha Blondy et à des figures telles que Thérèse Houphouët-Boigny, qui ont désormais leurs rues. Au-delà de la mémoire de la crise ivoirienne, son initiative réhabilite la mémoire de la Côte d'Ivoire tout court. Quel était donc ce pays où, à part Houphouët-Boigny, les édifices et les avenues ne portaient que les noms des anciens ou des néo-colons ?
Par ailleurs, il faudrait qu'une grande opération d'adressage des rues soit lancée pour que l'on ne soit plus obligé d'indiquer les maisons ou les entreprises en se repérant par rapport aux manguiers, aux maquis et aux stations-service. Il faudrait aussi que les boîtes postales se trouvent, comme dans tous les pays "normaux", à l'entrée des résidences et non dans un des trop peu nombreux bureaux de poste. La Côte d'Ivoire veut se lancer dans une révolution informatique, et cela implique forcément le développement du e-commerce, qui ne peut fonctionner sans système efficace de messagerie obéissant à la règle du "one-to-one". Des rues bien identifiées permettraient aussi des applications GPS et utilisant GoogleMaps.
Petit sondage : si vous deviez baptiser une rue de Cocody, quels noms vous viendraient à l'esprit ? Moi je pense en vrac à Thabo Mbeki, à Nelson Mandela, à Amara Essy, aux Eléphants de Côte d'Ivoire, à Amadou Hampaté Bâ, à Cheikh Anta Diop, à Bernard Dadié, à Sidiki Bakaba, à Biaka Boda, à Ernest Boka, à Amédée Pierre et à quelques pères fondateurs du RDA. J'attends vos idées...
17 novembre 2007
Le Top 100 de l'Internet en Côte d'Ivoire
En surfant aujourd'hui (comme tous les jours), je suis tombé sur un classement intéressant sur www.alexa.com - service qui mesure les rankings des différents sites Internet dans le monde. Celui des 100 sites Internet les plus consultés en Côte d'Ivoire. Vous pouvez le consulter :
http://www.alexa.com/site/ds/top_sites?cc=CI&ts_mode=country&lang=none
Que peut-on en dire ? Déjà qu'on n'est pas surpris par le peloton de tête - Yahoo, Google, le moteur de recherches de Microsoft... C'est un peu inévitable.
L'on remarquera que Hi 5 est le premier site de social network en Côte d'Ivoire (5ème place), largement devant le leader mondial de ce segment, Facebook. Comment expliquer cet état de fait ? Débattons...
Sans surprise, le premier site à contenus locaux est abidjan.net (8ème position). L'info tire donc la consommation sur le net. Sauf qu'abidjan.net a fait son succès sur le pillage de contenus produits par d'autres (majoritairement la presse quotidienne) et repris illégalement. Ce site vampirise tous les autres sites d'info. A tel point qu'aucun site de média (audiovisuel ou presse écrite) ne figure dans le Top 100. La RTI n'y est pas, Frat-Mat n'y est pas, la presse privée n'y est pas.
Après abidjan.net, on a très vite le site d'Orange (10è position), qui a réussi à créer un trafic régulier en offrant des SMS gratuits à tous les internautes qui font un tour par là. "Ivoirien aime trop cadeau", chante Magic System. MTN ne vient qu'en 39ème position, malgré le produit mtnzik. Moov et Koz ne sont pas présents dans le peloton de tête. Mauvaise stratégie Internet ! Incapacité à créer du buzz et du trafic !
On notera la bonne place de sites qu'on pourrait considérer comme petits du genre atoo.ci ou abidjanshow.com. Chapeau ! Le Top Chrétien aussi se positionne bien (48è position), ce qui montre le netdynamisme des évangéliques et des chrétiens en général. Les sites liés à la musique, à la vidéo (Youtube et Dailymotion) et les portails de blogs (de plus en plus !) se portent bien. Même si afrikblog (ou canalblog, c'est selon), ne figure pas dans le peloton de tête.
Et vous, que vous inspire ce classement ?
14 novembre 2007
"Courrier d'Abidjan" : nouvelle crise, nouvelles accusations, nouvelles mises en scène
La lecture des journaux du matin est une des activités normales du citoyen qui se veut informé. Et elle peut réserver des surprises. J'en ai eu une ce matin. En ouvrant Le Courrier d'Abidjan, j'apprends qu'une nouvelle crise y a lieu et qu'elle serait causée par un groupe "d'activistes" se réclamant de moi et ayant recours à des miliciens pour créer un syndicat.
J'affirme ici de manière très claire que je ne suis lié ni de près ni de loin à ce qui se déroule au Courrier d'Abidjan. J'ai tourné la page, et j'exhorte ceux qui là bas me voient partout à le faire également. N'est-ce pas en effet symptomatique que, pour signer le pamphlet m'accusant (entre autres personnes), l'on utilise le pseudonyme de Sylvie Kouamé, qui n'a jamais été utilisé que par moi par le passé ? Il ne faut pas illusionner les lecteurs et faire croire que la plume qui, en son temps, s'est distinguée dans la défense des institutions ivoiriennes et d'une certaine idée de la dignité africaine est la même qui, aujourd'hui, raconte avec de nombreuses fautes d'orthographe et de grammaire, des péripéties internes à une entreprise de presse. Je ne suis pas "l'ennemi structurant" que certains espèrent.
Les articles du Courrier et de Notre Voie sur la crise au sein de cette rédaction :
http://www.lecourrierdabidjan.info/a_la_une.asp?id=17135
http://www.notrevoie.com/a_la_une.asp?id=16441
13 novembre 2007
Quand le sang innocent coule dans la rue !
Dans cet article qui témoigne de sa douleur et de son indignation, Véronique Michèle Metangmo dénonce une réalité camerounaise scandaleuse mais méconnue de l'opinion internationale au nom d'une conspiration du silence. Les assassinats réguliers par les forces gouvernementales de lycéens ou d'étudiants manifestant pacifiquement. En dessous de son papier, vous pourrez cliquer sur un lien vers des articles du quotidien Mutations qui reviennent sur ces crimes d'Etat. Quel prix a la vie d'un jeune Camerounais pour un Paul Biya qui célèbre ses vingt-cinq années de pouvoir dans le faste et l'arrogance ?
Buéa, Abong-Mbang, Kumba et ailleurs, le sang de jeunes Camerounais, jeunes Africains a coulé et coule encore dans la rue. On se croirait dans les rues de l’Afrique du Sud en période d’apartheid ou tout simplement dans ce roman de Sipho Sepamla « A ride in the Whirlwind » publié sous le titre de « Retour à Soweto » dans sa version française.
Ce sang de ces jeunes Noirs, jeunes Africains, jeunes Camerounais qui coule dans l’indifférence générale tant au Cameroun, qu’en Afrique ou dans le monde inquiète !
Pourtant nous sommes bien dans un gouvernement dit démocratique dont le chef de l’État revient d’un séjour de plus d’une semaine dans une grande capitale d’un monde occidental qui lui a ouvert grand les portes de son palais sans aucuns problèmes ; de cette grande instance internationale où il a pris sans aucunes huées ou cris la parole devant un parterre de représentants du monde entier et a essayé sans grande conviction de se faire « l’ambassadeur des pauvres ». Et toujours à cette instance, il a été écouté sans jamais être sommé de rendre des comptes au sujet des afflictions causées aux jeunes Camerounais soucieux de s’instruire, d’avoir accès à l’instruction, à l’éducation et soucieux d’être utiles pour leurs familles, leurs pays et leur cher continent.
Depuis les années 90, les jeunes Africains et Camerounais vivent de nombreux massacres de Soweto sans que cela semble réellement choquer personne.
Le Cameroun et l’Afrique s’endormiront encore cette nuit pour parler avec Sipho Sepamla, ignorant tout du cauchemar auquel la nuit avait donné naissance. Un cauchemar qui allait hanter bien des nuits à venir !
Oui quel avenir pour cette jeunesse jetée aux orties, aux affres les plus monstrueuses d’un pouvoir cette fois noir, mais tout aussi sanguinaire, sauvage, cruel, féroce et impitoyable.
Des flics. Encore des flics ! « Les flics ! Ils massacraient des enfants innocents en pleine rue. Car les représentants du système avaient la réputation d’être intraitables et cruels. Certains disaient : barbares. ». Nos dirigeants à la peau noire ne diffèrent presque en rien de cette réalité décrite quelques années plutôt dans les rues de Soweto.
Nous ne sommes pas le 16 juin mais un jour nous serons tous forcés de « découvri[r] soudain le rôle » de ces enfants de Kumba, de Buéa et d’ailleurs. De Ngome Nkwelle Herbert, Tchambanu Derrick, Ufeanei Ivo, Mouma Benet…, ces jeunes Camerounais et Africains tombés sous les balles des forces de l’ordre et avec la complicité du gouvernement camerounais.
Nous attendions encore les réactions de notre cher gouvernement et de son chef en la personne
même du Prince depuis les dernières exactions de Buéa, d’Abong-Mbang et autres sans aucun résultat, sans aucun procès, sans aucun changement. Et nous sommes forcés de constater encore aujourd’hui et définitivement que le Cameroun sans aucune gêne vient d’entrer dans une ère de répressions tous azimuts envers des jeunes Camerounais.
Et quels jeunes Camerounais ? Ceux qui osent se lever tous les matins pour essayer de gagner leurs vies rendues chaque jour difficiles par un gouvernement grand détourneur de fonds publics, ces fonds mêmes qui auraient dû être destinés à l’éducation, à la santé et au bien-être de ces jeunes, grandes victimes de leur gouvernement policier et répressif. Ces jeunes qui osent s’inquiéter et se plaindre des conditions pénibles et difficiles dans lesquelles ce gouvernement les laisse essayer de s’en sortir : coupures intempestives d’électricité, manque de structures éducatives adéquates, conditions de travail dans les laboratoires et autres structures éducatives les plus appauvries et les plus dépourvues au monde, aucune prise en charge financière, frais de scolarité qui chaque jour augmentent sans jamais que le gouvernement paraisse s’en offusquer. Je pourrais continuer la pitoyable liste de tous ces maux et souffrances que vivent les jeunes Camerounais, mais à quoi bon ?
Ces mêmes jeunes Camerounais sont ceux qui sont poussés chaque jour par leurs gouvernements vers les filières clandestines de l’immigration et autres tourments. Cherchant ainsi à fuir à jamais ce terrible enfer où le malheur de leur naissance les aura plongé sans jamais susciter la pitié ni de leurs propres « pères et mères » chefs et responsables du pouvoir et du système dans leurs pays depuis les lendemains des semblants ou véritables indépendances.
Ce gouvernement et tous ses complices devront un jour répondre de ces exactions et abus perpétrés à l’endroit de cette jeunesse combative, qui se refuse de désespérer et qui appelle chaque jour leur gouvernement à rendre compte de leur gestion inefficace du pays.
Un jour et ce jour est certain, ces jeunes dégonfleront le mythe de l’invincibilité de ces pouvoirs opprimants et complices de ce sang jeune, vigoureux, bouillant, fertilisant, vivace, énergique versé chaque jour dans les rues du Cameroun et d’Afrique.
Un jour, soyez en certains, ces jeunes, pour reprendre Frantz Fanon, réussiront à « creuser la tombe où s’enliser[ont] définitivement » ces pouvoirs dictatoriaux et sanguinaires qui tirent à balles réelles sur de pauvres jeunes qui ont osé se plaindre des coupures d’électricité dans leurs structures éducatives, des conditions d’accès à leur lieu de formation, de la cherté de la vie, qui les empêche ainsi qu’à leur famille d’assurer leur éducation et leur formation, etc.
Ne pouvant fortifier leurs gouvernements ripoux et escrocs, ces gouvernements n’ont d’autres moyens que d’essayer de justifier leur gestion caractérisée par la gabegie et l’inefficacité par une utilisation de la force et toutes sortes de violence envers la jeunesse.
Combien de ces jeunes doivent encore chaque jour être sacrifiés pour permettre à nos dirigeants de se maintenir et piller notre cher pays ?
Combien de ces jeunes doivent encore tomber sous les balles des hommes en tenue pour qu’un jour nouveau puisse se lever dans ce cher berceau de nos ancêtres, pris en otage par des hommes et des femmes beaucoup plus fiers de leurs pactoles injustement amassés que de ces grands et nobles héros qui pendant longtemps se sont battus pour donner une dignité à cette terre et patrie chérie que nous avons tous reçue en héritage ?
Combien de ces jeunes « doivent encore mourir, combien d’enfants sans mère doivent pleurer, combien de temps notre peuple devra-t-il continuer à peiner pour que quelques-uns seulement puissent avoir un compte de mille dollars à la banque de ce dieu-monstre qui, pendant quatre siècles, a dépouillé un continent ».
Je reste convaincue qu’un jour viendra certainement où nous pourrions comme le rêvait le Rebelle dans la poésie de Césaire « ouvrir sur un autre soleil les yeux de nos filles et fils » et sur cette terre que nous ont légué nos chers ancêtres.
Et ce jour là, nous chanterons tous un véritable hymne en l’honneur de ces véritables fers de lance de la nation.
Nous célébrerons comme l’ont longtemps rêvé les enfants de Soweto et d’ailleurs « l’avènement du grand jour au rythme des tambours, battre des mains et frapper le sol du pied ».
Mais en attendant ce jour-là, nous devons encore souffrir de voir ces gouvernements ripoux célébrer sur le sang versé des jeunes, sur les tombes des jeunes sacrifiés, sur les jeunes poussés sur le chemin de l’exil, de la soif, de la solitude et du désespoir … leurs longues années à la tête des États africains.
Un jour, chers jeunes, jeunes morts au combat, nous exigerons une reddition de comptes, forts de ces sacrifices ultimes que vous avez offerts pour nous tous.
Un jour, nous établirons un autel pour célébrer votre bravoure et votre courage et vous présenter en héros devant, nous l’espérons, un peuple nouveau et soucieux du bien-être de ses jeunes.
Ce jour, nous pensons qu’il se lèvera car dans nos cœurs et pour reprendre Sipho Sepamla, l’espérance est profondément gravée.
En attendant, nos larmes comme de longs fleuves intarissables coulent pour pleurer nos jeunes frères et enfants.
Véronique Michèle METANGMO
